Arrête de Téchiné

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Critique de « Les Âmes Sœurs », de André Téchiné (sortie le 12 avril 2023). David, jeune soldat engagé au Mali, est victime d’une explosion et est rapatrié aux Invalides dans le coma. Sa sœur Jeanne va l’aider dans sa lente reconstruction, entre blessures physiques et amnésie traumatique. Mais cette situation va réveiller chez chacun des sentiments enfouis et une blessure non dépassée.

Arrête de Téchiné

Le nouveau Téchiné, s’il est intéressant sur le fond et pudique dans son approche, se heurte à un manque d’énergie et de renouvellement.

Dans Frère et Soeur, sorti l’an dernier, Desplechin concluait son film par la fuite d’un de ses protagonistes vers l’Afrique. Téchiné, lui, filme à partir d’une histoire similaire un retour au pays, et ce qu’il en advient en termes de reconfrontation traumatique. A la relation complexe entre un frère et une sœur, émaillée d’exubérance et de fureur chez Desplechin, Téchiné ajoute une dimension intéressante - celle de l’amnésie dissociative - et opte pour un ton en sourdine. Sur le contenu comme dans sa forme, il est dans une simplicité érigée en exigence qui nous est familière. Jeanne et David sont des personnages attachants. Leurs fêlures, mais aussi la façon dont ils ont vécu ce qui les avait conduits à se séparer, sont abordées par petites touches et par un narratif à la fois allusif et éclairant.

D’où vient alors notre déception? Déjà parce que l’œuvre de Téchiné est constituée depuis toujours d’une alternance de crêtes (les Voleurs, les Témoins) et de ressacs, et que depuis Quand on a 17 ans - écrit avec Céline Sciamma, qui lui avait permis de côtoyer une nouvelle forme de vigueur - ses films sont en peine d’aboutissement. Cette irrégularité s’accompagne cependant d’une constance, celle des thèmes autour desquels il ne cesse de tourner, et que l’on retrouve ici parfois presque comme des facilités tant manque une force, tant est absente une forme de sève qui désincarne le tout. On ne sait si le réalisateur est trop ou trop peu à l’aise avec son sujet, mais en tout cas rien ne prend jamais vraiment, tout fonctionne en sous-régime. A l’image de cette succession de figures soignantes qui ont tendance à parler comme des livres, parfois même quand leur rôle est autre que périphérique. Ou encore de ce personnage de travesti presque atone, comme une résurgence de la filmographie de Téchiné, mais déshabillée de toute accessibilité à son intériorité.

L’époque a changé, le ton est au diapason de cette mutation, ce qui autrefois était provocateur est à présent ressassé, parfois incongru, comme cette fin bâclée jusqu’à occulter la complexité des processus à l’œuvre. Le tout donne parfois l’impression que le réalisateur se noie dans son obsession de la transgressivité, au risque de l’amalgame voire de la banalisation. Pour toutes ces raisons, notre recommandation ne peut être qu’en demi-teinte.

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