Apprendre l’éthique médicale par la simu, une approche vertueuse

La simulation pourrait bien être un outil d’enseignement de l’éthique. Le débriefing autour de jeux de rôles, mettant en scène des cas cliniques concrets, est une manière de faire réfléchir les futurs médecins sur leur comportement face aux patients.

Comment annoncer à un patient qu’on va devoir lui faire un toucher rectal et recueillir son consentement ? Faut-il reconnaître que c’est la première fois qu’on réalise un geste technique ?

Comment faire preuve d’empathie ? Voilà le genre de sujets auxquels les étudiants de médecine sont confrontés lors des séances d’éthique mises en place par Alain Percivalle, psychologue aux urgences de Nice. L’idée est d’utiliser la simulation sous forme de jeux de rôles mettant en scène les futurs médecins dans des cas cliniques concrets, des situations qu’ils rencontrent quotidiennement à l’hôpital.

L’apprentissage de l’éthique est devenu un élément obligatoire du cursus médical depuis

2013. Le problème, c’est que ce n’est pas si facile à enseigner… Alain Percivalle, convaincu que la simulation est l’outil rêvé, a été chargé de mettre en place ces cours à la faculté de médecine de Nice en 2015. Les premières évaluations montrent qu’externes et internes sont enthousiastes face à cette approche.

Aussi important que les gestes d’urgence

Les séances de simulation consacrées à l’éthique commencent dès la deuxième année en parallèle de l’AFGSU2 : « Notre objectif est que les scénarios ne se focalisent pas seulement sur l’aspect technique des gestes de premiers secours, mais mettent aussi en avant la relation au patient : se présenter, être attentif à l’état émotionnel du patient et de son entourage par exemple » souligne le chargé d’enseignement.

En collaboration avec le doyen de la faculté de Nice, la clinique du Galet (du nom de l’amphithéâtre qui abrite les représentations) a été créée. Elle est dédiée à la formation éthique.

Chaque semaine, un étudiant présente d’abord une situation clinique qu’il a rencontrée, puis « joue » son propre rôle avec des comédiens à la place du patient. Le même scénario est ensuite interprété par un médecin senior n’ayant pas assisté à la scène précédente. L’idée est d’observer les différences entre les attitudes du junior et du senior, et de voir ce qui peut être amélioré dans les deux cas.

La partie la plus importante est, comme souvent en simulation, le débriefing. Faut-il mentir à un patient pour le rassurer ou cela risque-t-il de lui faire perdre confiance en son médecin ? Un exemple de question récurrente. « Nous ne sommes pas là pour apporter des réponses, mais pour favoriser les échanges. Il faut éviter tout jugement ou cours magistral pour ne pas étouffer la discussion, mais les amener à prendre conscience de leurs émotions, de ce qui a été à l’origine de leurs réactions » souligne Alain Percivalle.

Pour le psychologue, c’est l’aspect réflexif, le travail de groupe, qui constitue l’apprentissage de l’éthique. « Il est important d’apprendre très tôt aux externes à reconnaître les mécanismes de défense auxquels ils sont confrontés, de la part des patients, mais également d’eux-mêmes. Ainsi, ils pourront les prendre en considération pour adapter leurs attitudes et leurs réponses pour mieux gérer ces situations. On essaye de leur faire découvrir cette réalité cachée, comme dans les dessins où une image est dissimulée. Tant qu’on n’a pas donné la clé de déchiffrage, l’étudiant ne peut pas la trouver, mais une fois qu’il l’a vue, il ne peut plus l’oublier. »

 

Notes

1. comportements envers les patients

2. attestation de formation aux gestes et soins d'urgence

 

Pour aller plus loin sur l’éthique médicale : L’Association médicale mondiale a publié un Manuel d’éthique médicale en 2015, disponible gratuitement en ligne : http://www.wma.net/fr/ • Le Conseil européen de l’Ordre des médecins a mis à jour en 2011 ses Principes d’éthique médicale européenne, accessibles sur son site www.ceom-ecmo.eu.

Portrait de Sarah Balfagon
article du WUD 31

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