2ème vague psychiatrique : plus de moyens pour les professionnels !

Les syndromes dépressifs ont doublé en un mois et demi. Les psychiatres universitaires demandent une reconnaissance de l’impact de la crise sanitaire sur la santé mentale. Et des moyens pour y faire face. 

Entre fin septembre et début novembre, le nombre de dépressions et de suicides a doublé, selon France Assos Santé. Et 700 000 Français supplémentaires prennent des anxiolytiques. Ce deuxième confinement a vu exploser le mal-être psychique et les troubles mentaux associés. Les adolescents et jeunes adultes subissent de plein fouet l’impact psychologique de la crise sanitaire. « Les demandes de consultations émanant d’adolescents ont augmenté de 30% par rapport à l’année dernière à la même époque et les passages aux urgences sont eux aussi en augmentation », indique le Pr Marie-Rose Moro, pédo-psychiatre à l’Hôpital Cochin et directrice de la Maison de Solenn. Crises d’angoisse et ses manifestations physiques, phobie scolaire empêchant de se rendre au collège ou au lycée, hausse des dépressions et des tentatives de suicide. Le tableau clinique est bien sombre. De quels moyens dispose le secteur de la psychiatrie pour faire face ? Comment peut-il répondre à une demande de soins qui va sûrement rester élevée au moins en 2021, tant on sait que les effets du confinement se feront ressentir à moyen et long terme ? « Actuellement, nous n’arrivons pas à répondre assez vite à l’ensemble des demandes. Les modalités de liste d’attente en psychiatrie ne sont pas du tout adaptées aux adolescents : il est aberrant de leur donner rendez-vous dans 4 ou 6 mois quand ils sont en souffrance », souligne le Pr Moro. 
 
Pas de moyens supplémentaires en vue
« Les pouvoirs publics reconnaissent l’impact psychologique de la crise sanitaire, mais ce n’est pas pour autant qu’ils nous donnent des moyens supplémentaires. Ni la psychiatrie, ni la pédopsychiatrie n’ont aucune perspective d’amélioration pour 2021 », ajoute le Pr Moro. Le CNUP, qu’elle préside, a signé un communiqué commun le 27 novembre avec le CNU Addictologie, le CUNEA, le SUP et d’autres organisations représentatives de la psychiatrie universitaire, demandant des moyens pour la psychiatrie universitaire en particulier, et pour tout le secteur en général. 

 

 
« Nous, les psychiatres universitaires, avons des revendications particulières en termes de postes car nous sommes en effectifs très insuffisants par rapport à d’autres spécialités, comme la cardiologie, pour former nos étudiants. Il faudrait que nous soyons dix fois plus nombreux pour rattraper ce retard ! », indique le Pr Bernard Granger, président du Syndicat universitaire de la psychiatrie (SUP) et du Conseil national professionnel de la psychiatrie (CNPP). Certes, le secteur n’a pas attendu cette crise sanitaire pour dire ses difficultés et demander une sanctuarisation de la dotation annuelle de financement (DAF) allouée à la psychiatrie. 
 
Recruter plus psychologues et former plus de psychiatres
Mais là, la situation est urgente. Un premier levier pourrait être de recruter davantage de psychologues à l’hôpital. « De nombreux postes d’infirmiers en psychiatrie restent vacants et ne seront pas pourvus avant longtemps. En revanche, les postes de psychologue salarié à l’hôpital sont attractifs. Leur création rapide est possible et permettrait de prendre en charge beaucoup de patients en un temps resserré », explique le Pr Granger.   
A plus long terme, comment redonner de l’attractivité aux carrières de PH en psychiatrie, là où 25% des postes restent vacants depuis une dizaine d’années ? « Nous allons voir si les mesures prises dans le cadre du Ségur sont suffisantes… Ce qui est sûr aujourd’hui, c’est qu’un jeune psychiatre qui s’installe en ville a son carnet de rendez-vous rempli en trois mois », témoigne le Pr Granger. 
Enfin, la question du manque de lits concerne l’ensemble du secteur. « Dans tous les services d’urgence, il y a des patients souffrant de troubles psychiques qui restent attachés des heures sur des brancards, faute de lits d’aval. Trop de lits ont été supprimés ces dernières années », ajoute le Pr Granger. 
 
Inquiétant : un nombre de consultations stable
Comme dans d’autres spécialités médicales, depuis le début de la crise Covid, le renoncement aux soins est sûrement élevé en psychiatrie. 
Selon le Ministère de la Santé et Santé Publique France, malgré le doublement des syndromes dépressifs, le nombre de consultations chez les professionnels de la santé mentale est resté stable sur la période fin septembre-début novembre 2020, « rendant ce phénomène d’autant plus préoccupant » : 
- l’activité des psychiatres est restée stable avec 33 consultations en moyenne par semaine ; 
- l’activité des psychologues est restée stable avec 10 consultations en moyenne par semaine ;
- par ailleurs, le nombre de nouveaux patients chaque mois par psychologue est stable par rapport à avant la crise, avec 5 nouveaux patients par mois en moyenne.  
Dans ce contexte critique pour la santé mentale des Français, les professionnels de la psychiatre seront-ils entendus ? Dans leur communiqué commun, ils dénoncent « le risque qu’une fois de plus les besoins de la psychiatrie ne soient pas pris en compte ». 

Portrait de Sophie Cousin

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