Un « CHU de demain » trop hospitalo-centré

Chu de demain CSMF ISNI Anemf Isnar
Les syndicats dénoncent « un CHU de demain qui ressemble hélas à celui d’hier »

Le rapport sur « Le CHU de demain » présenté aux Assises nationales hospitalo-universitaires ne convainc pas l'Isni, l’Anemf et l’Isnar-IMG. Ni la CSMF. Ni Avenir hospitalier, d’ailleurs. Est-ce qu’il convainc quelqu’un à part ses rédacteurs ?

Le grand rendez-vous des directeurs généraux, des doyens et présidents de CME et des acteurs gravitant autour des CHU, les assises hospitalo-universitaires, étaient organisées au Futuroscope les 13 et 14 décembre derniers. Elles ont été l’occasion de dévoiler le rapport sur « Le CHU de demain », commandé par les ministres de la Santé et de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.
 
Et le rapport ne semble pas plaire à grand monde. Premiers à le faire savoir : les syndicats étudiants. Apparemment, seuls représentants syndicaux présents aux assises, l’Isni, l’Isnar-IMG et l’Anemf (1) ont été les premiers à dégainer. Dans un communiqué commun publié le 15 décembre, ils dénoncent un « CHU de demain qui ressemble à celui d’hier ». Sur le même ton, la CSMF (2) a réagi ce 17 décembre en se disant frappée « par une vision tournée vers le passé ».
 
Les CHU se regardent le nombril
 
À la lecture du rapport, What’s up Doc s’étonnait de ne pas voir associés les représentants de la médecine de ville. Nous n’étions pas les seuls. « Non, le CHU n’est pas le centre de gravité du système de santé comme veut le faire croire ce rapport », contestent ainsi les syndicats étudiants. « Le CHU n’a pas la mainmise sur la formation, le soin ou la recherche. L’absence de concertation de l’ensemble des acteurs impliqués amène inévitablement à une vision hospitalo-centrée, bien loin de la réalité du terrain ».
 
Les jeunes aimeraient notamment que la formation sorte des CHU, pour rendre compte de la multiplicité des exercices. « L’organisation de ces formations doit se faire en lien avec les territoires », expliquent-ils. Centres hospitaliers locaux, maisons de santé et cabinets de libéraux ont vocation à devenir des lieux de formation reconnus.
 
Les syndicats restent à la porte
 
Les territoires, il en était question dans le rapport. Et c’est sur ce volet que l’absence des autres acteurs, en particulier ceux de la médecine de ville, pose problème. « Nous n’avons pas été invités aux assises hospitalo-universitaires », confie Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, contacté par What’s up Doc. « J’ai l’impression que les représentants des CHU ont raisonné dans leur coin, sans même se poser la question d’une réflexion commune avec les libéraux ».
 

Il y a des éléments conceptuels qui m’échappent

 
Le néphrologue regrette ce manque de concertation, en particulier sur un rapport qui se veut aussi structurant du système de santé. « Ça ne me semble pas correspondre aux débats actuels, ni aux annonces », ajoute-t-il. Symbole d’une vision hospitalo-centrée des réflexions du groupe de travail des CHU : leur volonté d’investir le domaine de la prévention et du dépistage. Une hérésie, pour le Dr Ortiz, qui estime que c’est la mission de la médecine de ville, et de premier recours. « Il y a des éléments conceptuels qui m’échappent », lâche-t-il finalement.
 
« Quand on demande aux gens qui dirigent le système hospitalier depuis 60 ans de le changer, je ne vois pas trop à quoi on peut s’attendre d’autre ». Le Dr Renaud Péquignot, président d’Avenir hospitalier, reste perplexe. Les syndicats de praticiens hospitaliers n’ont pas été davantage conviés à la table des discussions. Le Dr Péquignot semble néanmoins optimiste sur les pistes du rapport concernant le statut du praticien hospitalo-universitaire, qui rejoindrait les demandes de son syndicat. « Nous souhaitons un statut unique, avec des valences d’enseignement et de recherche » rappelle-t-il à What’s up Doc. Pour le reste, il n’a pas « l’impression que ça va changer grand chose ».
 
Un coup pour rien ?
 
Une réforme des CHU sans les praticiens hospitaliers et sans les médecins libéraux, est-ce vraiment la méthode du gouvernement Buzyn, qui s’est attelé à s’attirer leurs bonnes grâces pendant des mois ? « Le rapport était une commande qui nous était passée collectivement et nos six conférences ont travaillé pour la première fois ensemble », a rappelé Catherine Geindre, future présidente de la Conférence des directeurs généraux de CHU, et qui la représentait lors des assises hospitalo-universitaires. « Maintenant, nous passons à une deuxième phase ».
 
Les différents acteurs des CHU doivent désormais traduire les propositions « avec des acteurs extérieurs », a-t-elle finalement expliqué. « Il est important d’élargir le débat avant de prendre des décisions », a ajouté Gilles Roussel, président de la Conférence des présidents d’université. Élargir à des « acteurs locaux ». Est-il si difficile pour des hospitalo-universitaires de prononcer les mots « médecins libéraux » ou « médecine de ville » ? Peu encourageant, alors qu’ils devront nécessairement travailler ensemble…
 
 
(1) Intersyndicale nationale des internes, Intersyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale, Association nationale des étudiants en médecine de France
(2) Confédération des syndicats médicaux français

Portrait de Jonathan Herchkovitch

 

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