SOS Œil : une alternative aux urgences ophtalmologiques

Le Centre Ophtalmologique Paris 17 a ouvert en septembre dernier un SOS Œil, afin de prendre en charge toutes les pathologies urgentes concernant les yeux, ce qui participe notamment à désengorger les urgences ophtalmologiques. Dans ce cabinet médical, il est désormais possible de consulter sans rendez-vous, que cela soit pour un problème urgent ou pour refaire la mesure de sa vue (ordonnance de lunettes ou lentilles). Les consultations urgentes dans le cadre du SOS Œil (hors lunettes) ne font pas l’objet de dépassement d’honoraires. Le centre ophtalmologique Paris 17 est également jumelé à la clinique Internationale du Parc Monceau (lire encadré ci-dessous) qui propose un service de soins continus et l’accueil des urgences main. Nous avons rencontré l’un des deux associés, le Dr Romain Jaillant, qui nous en dit plus sur SOS Œil.

What’s up Doc. Comment est né SOS Œil ?

Romain Jaillant. Deux ophtalmologues parisiens sont à l’origine du projet : le Dr Ludovic N’Kosi et moi-même. Nous avons tous les deux vécu la difficulté des urgences ophtalmologiques en tant que praticiens. Nous devions parfois prendre en charge 150 patients par jour. Nous étions assez agacés de devoir gérer régulièrement les petits bobos, comme par exemple les conjonctivites, qui justifient des consultations, mais qui n’ont pas vraiment leur place aux urgences. On s’est dit qu’il n’y avait pas à Paris de structure privée existante pour prendre en charge ce genre de problématiques. L’objectif de SOS Œil est donc le suivant : soulager les urgences publiques qui existent déjà. Mais aussi proposer une offre alternative, en essayant de réduire le temps d’attente pour que les gens n’aient pas à patienter 4 heures aux urgences pour finir par voir un interne submergé. Les urgences hospitalières n’ont pas vocation à traiter des conjonctivites, mais à prendre en charge des pathologies un peu plus graves, à accueillir les gens qui vont réellement mal.

Les services d’urgences ophtalmologiques sont engorgés

De plus, nous sommes aujourd’hui confrontés à une pénurie d’ophtalmos, tandis que les gens sont de plus en plus habitués à avoir une réponse rapide à leurs besoins. Conséquence : les services d’urgences ophtalmologiques sont engorgés. Certains hôpitaux parisiens voient jusqu’à 200 patients par jour, ce qui est trop par rapport à ce qu’ils sont normalement capables d’absorber.
 
Il y a aussi beaucoup de retard au diagnostic parce les gens ne veulent pas attendre des heures aux urgences. Beaucoup de pathologies seraient diagnostiquées plus précocement s’il y avait moins de frilosité à consulter. Il y a des pathologies qui sont négligées par les patients pendant une semaine, voire un mois. Or, certaines, comme les décollements de rétine, les abcès de cornée sous lentille ou les maculopathies aiguës comme la DMLA, qui nécessitent des injections en urgence, doivent être prises en charge plus rapidement.

WUD. Votre offre semble d’autant plus pertinente que les délais pour obtenir un rendez-vous en ophtalmologie sont particulièrement longs…

R.J. Tout à fait, dans les endroits sous-dotés en ophtalmologie en France, les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous peuvent aller jusqu’à un an. À Paris, la pénurie d’ophtalmos est moindre, mais en cas de pathologie urgente il reste difficile d’avoir un rendez-vous chez le jour même. Il faut en général quelques jours, voire quelques semaines. Sauf qu’il y a beaucoup de pathologies ophtalmologiques qui sont réellement urgentes…

Notre délai d’attente moyen est de 30 minutes

WUD. Qui vous envoie des patients aujourd’hui ?

R.J. Nous travaillons avec l’aval des principaux responsables des urgences ophtalmologiques de Paris : l’OphtalmoPôle de Paris, le centre hospitalier national d’ophtalmologie des Quinze-Vingts et la Fondation Ophtalmologique Adolphe de Rothschild. Les ophtalmologues d’Île-de-France nous envoient également des urgences quand ils ne peuvent pas les absorber. Mais ce sont les médecins généralistes qui représentent le gros de notre recrutement actuel. Jusqu’à présent, ils culpabilisaient d’envoyer les patients dans les urgences ophtalmologiques de Paris car ils pouvaient attendre 3 à 4 heures. Ils sont donc très contents de nous les envoyer car on va très bien s’occuper de leurs patients qui ont des pathologies bénignes, que nous leur redressons systématiquement avec un compte-rendu. Deuxièmement, dans notre cabinet, les patients sont pris en charge rapidement. Le délai d’attente moyen est de 30 minutes, et d’une heure maximum. De plus, le temps d’attente en temps réel est mis en ligne sur notre site internet. Nous utilisons une appli que l’on a développé en interne qui est connectée avec notre logiciel métier Area (Soletys).

WUD. Participez-vous d'ores et déjà à désengorger les urgences ophtalmologiques en région parisienne ?

R.J. Oui, car nous recevons aujourd’hui en secteur 1 à peu près 25 urgences par jour en moyenne (pour une cinquantaine de consultations). Notre cabinet est en secteur 2, sauf les urgences qui sont toutes reçues en secteur 1. Quand un patient vient nous voir sans prendre rendez-vous pour une consultation urgente (lentille coincée, corps étranger, abcès de cornée, conjonctivite… ), on ne lui facture pas de dépassement d’honoraires. L’autre avantage de SOS Œil, c’est que nous quadrillons le Nord-Ouest de Paris, une zone géographique où il n’y a pas d’urgences ophtalmologiques. Les trois urgences ophtalmologiques citées précédemment sont au Nord-Est, à l’Est et au Sud-Est.

WUD. SOS Œil prend en charge essentiellement des pathologies bénignes ?

R.J. Tout à fait. Nous prenons plutôt en charge les urgences simples mais on peut aussi prendre des urgences compliquées car nous avons développé les compétences spécifiques des urgences ophtalmologiques. Nous sommes capables de faire des prélèvements de cornée, d’opérer un décollement de rétine ou d’effectuer un scanner dans la journée, de faire des prises de sang pour rechercher des maladies inflammatoires dans la journée… A ce stade de développement, nous pouvons en revanche plus difficilement prendre en charge les cas extrêmes exigeant des compétences pluridisciplinaires en urgence : fracas facial, traumatisme lourd, AVP (accidents de la voie publique). Ils seront évidemment mieux pris en charge aux urgences générales.

 

Un partenariat gagnant-gagnant
Le partenariat avec la clinique Internationale du Parc Monceau permet au Centre ophtalmologique Paris 17 de bénéficier, dans le contexte de l’urgence, des examens et prises en charge suivant(e)s : imagerie cérébrale (scanner, IRM…), laboratoire médical, bloc opératoire… Les prises en charges ambulatoires sont préférées à l’hospitalisation. Si toutefois le cabinet ne peut surseoir à une hospitalisation, l’hébergement se fait avec la clinique Monceau (services de neurologie, diabétologie, médecine interne…). Quant à la clinique, elle pourra ouvrir progressivement son nouveau bloc opératoire 100 % dédié à l’ophtalmologie (sur une surface de 800 m2) en adressant notamment des malades au cabinet médical. « C’est difficile d’ouvrir un bloc sans avoir un point de chute comme notre cabinet », affirme le Dr Romain Jaillant qui met également des machines à disposition du bloc opératoire de la clinique. Enfin, le service de consultations non programmées du Centre ophtalmologique Paris 17 permet à la clinique Monceau d’étoffer son offre. « Jusqu’à présent, la clinique avait un service d’urgences non programmées général, mais aussi un service d’urgences mains. Grâce à SOS Œil, ils ont étoffé leur offre et proposent désormais des urgences œil », précise le Dr Romain Jaillant.

 
Centre Ophtalmologique Paris 17
33-35 Rue de Chazelles
75017 Paris
01 47 64 50 88
https://centreophta.com/

Portrait de Julien Moschetti

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