Profession médicale intermédiaire : Un rétropédalage annoncé

Elle avait provoqué un tollé. Selon nos informations, la proposition de création d’une profession médicale intermédiaire pourrait être retoquée dans les prochains jours par le gouvernement. Une nouvelle qui devrait ravir l'ensemble des syndicats, très mobilisés sur la question. 
 

Le gouvernement revoit sa copie ! Selon nos informations, la création d’une profession médicale intermédiaire ne serait plus d’actualité. Une décision qui devrait être annoncée de manière officielle dans les deux prochains jours, selon Rachel Bocher la présidente de l’intersyndicale nationale des praticiens hospitaliers (INPH).

Le Conseil national de l’Ordre des Médecins, les représentants des Universités de médecines, du Collège de médecine générale ou encore des Conseils Nationaux professionnels… Tous avaient exceptionnellement uni leurs voix à celle des syndicats pour dénoncer l’article 1 du projet de loi visant à « améliorer le système de santé par la confiance et la simplification », portée par la députée LREM Stéphanie Rist et récemment présentée par le ministre de la Santé Olivier Veran, à l’Assemblée nationale. « Le chapitre Ier est consacré à la création d’une profession médicale intermédiaire qui répond à la mesure 7 des conclusions du Ségur de la santé. En effet, l’exercice légal de la médecine en France conduit à un cloisonnement important des professionnels de santé avec d’une part le médecin diplômé d’un bac +10 et d’autre part l’infirmière titulaire d’un bac +3 », argumente encore le gouvernement dans ce document enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 22 octobre 2020.

Un rétropédalage, donc, qui n’a encore rien d’officiel mais qui réjouit déjà les syndicats hospitaliers qui y voyaient une mesure inutile et dévalorisante pour la profession de médecin. « C’est une bonne décision. Il y a eu une erreur. L’essentiel est qu’ils le reconnaissent. », atteste Rachel Bocher. Et de poursuivre, catégorique : « En plein Covid-19, se lancer dans un projet qui ne reçoit le soutien de personne avec le risque de mobilisation que cela entraînait… Heureusement qu’ils nous ont écoutés ».
 
À la place, le gouvernement prévoirait de mettre l’accent sur le développement des pratiques avancées pour les infirmiers. Une mesure permettant aux personnels infirmiers de compléter leur formation afin d’exercer des missions jusque-là réservées aux médecins, et ainsi de réduire la charge de travail de ces derniers. Ce développement pourrait, notamment, s’appuyer sur un élargissement des personnels paramédicaux pouvant solliciter ce type de formation.

Une évolution qui pourrait être positive selon la présidente de l’INPH qui préfère, pour autant, rester prudente. « Ce sont des mots valises », indique-t-elle. De nombreuses questions restent en effet en suspens. « Quelles seront les missions dévolues à ces métiers ? Quelles seront les responsabilisations ? Et quels seront les salaires ? », énumère Rachel Bocher. 
 
Pour l’heure, les premières promotions d’infirmiers en pratiques avancées (IPA) ne bénéficient, en effet, que d’une faible revalorisation salariale malgré leur surcroît de compétences et la hausse de leurs responsabilités. Une donne qui limite l’attrait qu’occasionne cet enseignement universitaire long de deux ans.   
 
Sans amendement rectificatif officiel pourtant, cette proposition de création d’une profession médicale intermédiaire devrait faire l’objet d’un examen à la Commission des Affaires sociales de l’Assemblée Nationale le 25 novembre prochain. Une étape cruciale qui pourrait être suivie, le 30 novembre, d’un débat en séance publique pour une adoption en procédure accélérée de de ce projet de loi pourtant décrié par l’ensemble de la profession.

 

Source: 

1. https://alliance-hopital.org/wp-content/uploads/2020/11/Opposition-Generale-aux-Porfessions-Medicales-Intermediaires.pdf
2. http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b3470_proposition-loi#tocUniqueId2

Portrait de Julia Neuville

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