PMA : les médecins relancent le débat

Par le passé, le président élu s’est clairement prononcé pour l’ouverture de la procréation médicalement assisté à toutes les femmes. Chez les médecins, les divergences sont nombreuses.

Emmanuel Macron au pouvoir, il risque d’y avoir du nouveau pour la PMA. En effet, le président a fait savoir qu’il était pour l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux femmes seules et aux couples de femmes. Petit rappel : aujourd’hui, seuls les couples hétérosexuels (mariés, pacsés ou en concubinage) y ont accès. Côté médecin, les avis divergent comme en témoignent les deux manifestes publiés à deux semaines d’intervalle en avril : « le manifeste de 130 médecins pour améliorer la PMA » du Pr René Frydman, obstétricien et père du premier bébé éprouvette ; et « le manifeste des médecins » initié par le Dr Raphaël Nogier, généraliste et cofondateur de l'association de protection de l'enfance Cosette et Gavroche. Entre ouverture et prudence, chacun y va de ses arguments.

PMA : à qui le tour ?

« Le don de sperme pour une femme célibataire (sans préjugé de son mode relationnel actuel ou futur, homo ou hétérosexuel) est une interdiction qui nous paraît devoir être levée», lit-on dans le manifeste de René Frydman. Le gynécologue rappelle qu’une femme célibataire est reconnue dans ses droits pour élever ou adopter un enfant.

Inquiet des changements sociaux actuels, Raphaël Nogier souhaite à travers son manifeste « rappeler le rôle de la médecine ». Selon lui, la médecine est seulement faite pour soigner et prévenir la maladie. « Deux femmes homosexuelles désireuses d’avoir un enfant qui sont fertiles n’entrent pas dans le cadre de la médecine. La PMA ne doit répondre qu’à des pathologies », affirme-t-il. « La "fabrication" d’enfants en dehors de la complémentarité homme-femme est étrangère aux buts de la médecine.»

Mais pour le Pr René Frydman, la définition de la médecine, selon l’OMS, va plus loin que la maladie. « Il existe tout un tas de médecine qui améliorent le bien-être comme, par exemple, la chirurgie esthétique. Nous ne l’avons pas interdite », note-il. « Il y a une demande sociétale à prendre en compte. »

La crainte de l’eugénisme

Concernant l’analyse génétique de l’embryon, là aussi le torchon brûle. « Actuellement, il est interdit d’effectuer un test génétique de l’embryon avant transfert utérin alors que 60 % des embryons ont des anomalies graves », regrette le gynécologue. « D’un autre côté, toute femme enceinte peut réaliser une analyse du risque chromosomique fœtale à trois mois de grossesse. Il y a là une contradiction. »

Raphaël Nogier craint, quant à lui, les dérives eugénistes et estime que le médecin n’a pas le droit de sélectionner les embryons. « Le Dr Frydman dit vouloir supprimer les embryons porteurs de malformations mais celles-ci sont subjectives », rétorque le généraliste. « Ce n’est pas au médecin de juger les critères de la vie. »

La GPA, non merci.

Toutefois, les deux médecins sont d’accord sur un point : la gestation pour autrui, c’est niet. « Si l’on répond à toutes les demandes excessives, nous risquons de devoir dire oui à la GPA », s’inquiète Raphaël Nogier. « Je suis opposé à la GPA car le corps de la femme y est aliéné et qu’elle ne participe à la gestation que d’un point de vue financier », ajoute René Frydman.

Et après ? Le gynécologue souhaite assouplir la législation française autour du don d’ovocytes, de l’analyse génétique de l’embryon, de l’autoconservation ovocytaire et du don de sperme pour femme célibataire. « Nous ressentons un ras-le-bol d’être coincé face la mauvaise médecine », ajoute-t-il. De son côté, Raphaël Nogier espère obtenir davantage de signatures pour peser dans les discussions et invite le CNOM à se manifester. « Le conseil de l’Ordre devrait être vigilant et mettre des limites », conclut-il. 

 

 

Portrait de Imène Hamchiche

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