« On a perdu 10% de chiffre d'affaires » : Les radiologues alertent sur l'impact des baisses tarifaires

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Après plusieurs mois de tension, les discussions tarifaires reprennent entre les radiologues libéraux et l’Assurance maladie, avec un premier objectif d’accord au mois de juin. Le principal syndicat professionnel demande un changement de méthode, alors que les effets des baisses tarifaires se verraient déjà sur le terrain. 

« On a perdu 10% de chiffre d'affaires » : Les radiologues alertent sur l'impact des baisses tarifaires

© Midjourney x What's up Doc

 

Le calendrier est serré et le rythme soutenu. La signature d’un avenant conventionnel sur l’imagerie médicale est attendue « autour du 15 juin », à raison de « pratiquement une réunion par semaine », a indiqué ce jeudi le Dr Jean-Philippe Masson, président de la Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR), lors d’un point presse.

Cet avenant s’inscrit dans le prolongement du protocole imagerie 2025-2027, qui prévoit une trajectoire d’économies d’environ 300 millions d’euros sur deux ans, notamment via une réduction progressive des forfaits techniques des scanners, IRM et TEP.

Mais côté radiologues, cette reprise des discussions intervient dans un climat de défiance, après les propos polémiques du numéro 1 de l’Assurance maladie Thomas Fatôme et les baisses tarifaires « unilatérales » décidées par l’organisme, ayant conduit à un mouvement de grève à l’automne dernier

« Aujourd’hui, on ne sait rien » du contenu des réunions prévues, a déclaré Jean-Philippe Masson. « On a des dates, mais on ne sait pas sur quoi on va réellement négocier ».

Et la méthode interroge : le président de la FNMR redoute une répétition des précédentes séquences de négociation, « avec des présentations PowerPoint et pas de véritable travail technique ». 

Économies déjà suffisantes

Au centre des tensions, la question des économies demandées à la radiologie. Selon la FNMR, la spécialité a déjà fortement contribué à l’effort demandé, avec des baisses tarifaires à hauteur de 1,5 millions d’euros. 

Mais surtout, « avec les mesures prises récemment, on est déjà à 200 millions d’euros d’économies en année glissante » sur l’objectif de 300 millions sur deux ans, continue Jean-Philippe Masson, jugeant difficilement justifiable la poursuite des baisses tarifaires prévues.

Les radiologues ciblent notamment les forfaits techniques des scanners et IRM, dont une nouvelle diminution d’« environ 12% » est programmée au 1er juillet. Une « première ligne rouge » pour la FNMR.

Parmi les autres revendications : la réévaluation de la lettre-clé Z dans la CCAM, qui valorise l’usage des équipements techniques, et le retour de la facturation du troisième acte, aujourd’hui non rémunéré dans certaines situations. 

La FNMR pointe également l’absence de revalorisation de certains actes emblématiques, comme la mammographie, qui stagne à 66 euros depuis vingt ans. « Si on tient compte de l’inflation, la mammographie devrait valoir aujourd’hui 100 euros », a-t-il ajouté.

Fermetures de centres et investissements freinés à prévoir

Au-delà du débat tarifaire, les radiologues alertent sur des impacts déjà perceptibles dans les cabinets.

« Dans mon groupe, on a perdu 10 % de chiffre d’affaires », explique Jean-Philippe Masson, qui évoque la possible fermeture prochaine d’un site dans le Tarn, déjà peu doté. « On a baissé nos revenus de 10 % pour ne pas toucher aux salariés ».

Et ce type d’arbitrages pourraient se multiplier : selon des sondages réalisés par la FNMR, 90 % des centres anticiperaient une baisse en gamme du matériel lors des renouvellements ; et 40 % envisageraient la fermeture d’au moins un site, affectant directement l’accès aux soins, notamment en zone rurale. 

Autre point de crispation : le décalage entre les coûts réels et les tarifs remboursésparticulièrement en radiologie interventionnelle. « Dans 90 % des actes, le matériel coûte plus cher que ce qui est remboursé », affirme le président de la FNMR, citant les infiltrations, remboursées 19 euros pour un coût qu’il estime autour de 30 euros. 

 « On fait ces examens pour le patient, mais ça ne pourra pas durer », prévient-il. 

Agir vraiment sur la pertinence

Face à la logique de baisses tarifaires, les radiologues recommandent d’agir « réellement » sur la pertinence des actes. « On sait qu’il y a des examens inutiles. Et ceux-là prennent la place de ceux qui sont réellement nécessaires », explique Jean-Philippe Masson.

La FNMR plaide pour une meilleure utilisation des recommandations existantes, notamment via l’intégration des guides de bon usage dans les logiciels métiers. Une approche qui aurait déjà permis d’économiser 40 millions par le passé. 

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/video/medecine-sans-filtre-special-radiologie-les-radiologues-cest-ceux-qui-boivent-des-cafes-et

Mais cette stratégie suppose un investissement dans la durée, que la CNAM ne serait, selon lui, pas prête à consentir. « La caisse veut des économies pour demain. La pertinence, c’est un investissement pour l’avenir ». 

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