Jeunes mères frappées, recousues à vif, insultées : à Kinshasa, des femmes dénoncent des violences en salle d'accouchement

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« On m'a tenue par les jambes et les bras, puis on m'a recousue » : comme Sara, de nombreuses femmes dans des hôpitaux de Kinshasa subissent des violences pendant l'accouchement, victimes de dérives médicales qui ont récemment ému jusqu'à Denise Tshisekedi, l'épouse du président congolais Félix Tshisekedi.

Jeunes mères frappées, recousues à vif, insultées : à Kinshasa, des femmes dénoncent des violences en salle d'accouchement

© Midjourney X What's up Doc

Les yeux rivés sur le sol, la jeune femme de 31 ans raconte avoir donné naissance à son premier enfant il y a deux ans. Elle a subi une épisiotomie, une incision du périnée, qu'un médecin a ensuite tenté de recoudre sans anesthésie.

Rencontrée par l'AFP, elle dit aujourd'hui ne plus vouloir d'enfant, un autre accouchement étant pour elle synonyme du risque d'une nouvelle « expérience traumatisante ».

En République démocratique du Congo, où la population est à plus de 90 % chrétienne et plutôt conservatrice sur des sujets comme la sexualité, le mariage ou le rôle de la femme, le sujet des violences obstétricales n'est pas facilement abordé.

Mais, ces dernières semaines, une vidéo devenue virale a choqué le pays.

Actes filmés

Sur les images tournées dans une salle d'accouchement d'un hôpital public de Kinshasa, une jeune femme, nue, hurle.

Elle vient d'accoucher. De larges taches de sang sont visibles sur son lit médicalisé, d'où elle bondit. Le médecin la frappe avec un instrument en métal, tente de la maintenir allongée, les jambes écartées, pour poursuivre des soins auxquels elle refuse visiblement de se soumettre. N'y parvenant pas, le praticien se met alors à la gifler.

L'affaire a suscité l'indignation générale. Les autorités ont réagi. La Première ministre Judith Suminwa a dénoncé sur X des violences « totalement inadmissibles ».

Denise Tshisekedi a condamné « des actes ignobles » et réclamé qu'« une réponse rapide, rigoureuse et exemplaire soit apportée ».

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En RDC, le taux de mortalité maternelle est de 427 femmes pour 100 000 naissances vivantes, selon l'OMS, contre 11 décès pendant l'accouchement pour 100 000 naissances vivantes en Europe.

Les causes de ces statistiques, jugées « préoccupantes » par les Nations unies, sont notamment liées à des structures de soins en manque de moyens et de personnels qualifiés.

Fait rare dans le pays, le médecin incriminé a été traduit devant la justice et condamné. Pendant son procès, il a reconnu avoir porté des coups sur sa patiente. Il a justifié son geste en expliquant que cette dernière souffrait d'une hémorragie post-partum, mais qu'elle l'empêchait de la soigner. Le médecin tentait de suturer la patiente sans anesthésiant, l'hôpital étant, selon lui, en pénurie.

Sauver coûte que coûte

« J'ai tout fait pour sauver une vie », a déclaré le médecin, qui avait lui-même demandé à un collaborateur de filmer, pour « se protéger », en cas de décès de la patiente.

Il a été condamné début avril à deux mois de prison avec sursis, pour coups et blessures, et enregistrement des images. L'État congolais, gestionnaire de l'hôpital public, a été condamné à verser des dommages et intérêts à hauteur de 2 500 dollars.

« Les violences en salle d'accouchement sont normalisées, car les médecins utilisent l'argument qu'ils sauvent des vies », fustige Anny Modi, présidente de l'association locale de défense des droits des femmes Afia Mama. Elle dit recevoir au moins une femme traumatisée par son accouchement chaque semaine.

Selon la militante, les violences obstétricales sont aussi parfois guidées par des jugements moraux : « Une jeune fille non mariée fait face à des violences qui s'apparentent à une forme de punition pour avoir eu une activité sexuelle avant le mariage », explique Anny Modi.

Violences banalisées

À la suite de l'affaire qui a enflammé les réseaux sociaux, l'AFP a pu rencontrer plusieurs femmes affirmant avoir été victimes de telles violences médicales dans des conditions similaires. L'une d'entre elles raconte avoir perdu connaissance sous le coup de la douleur.

« Après mon accouchement, le médecin est allé chercher des morceaux de placenta en insérant tout son avant-bras dans mon utérus », raconte crûment Rose, mère de quatre enfants. « J'avais demandé si une anesthésie était possible, mais on m'a dit qu'il y avait rupture ».

Selon le ministre de la Santé Samuel-Roger Kamba, contacté par l'AFP, des kits comprenant anesthésiants et médicaments sont régulièrement distribués dans les hôpitaux publics prenant en charge les femmes enceintes.

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Mais « les violences verbales ou physiques dans les salles d'accouchement sont des dérives que nous avons remarquées », a-t-il admis.

« Cette affaire nous pousse à ouvrir une réflexion afin de mettre l'accent sur la formation continue des médecins et des autres corps médicaux, notamment les sage-femmes », a reconnu pour sa part Berthier Nsadi, président de l'Ordre des médecins congolais.

Selon les estimations du principal syndicat de médecins du pays, parmi les 15 plus pauvres de la planète, la RDC compte une sage-femme pour 16 000 habitants, alors que l'OMS en recommande une pour 5 000.

Avec AFP

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