Orthophonistes cherchent médecins pour échanges

Les médecins ont tendance à fonctionner dans une bulle qui les empêche d’entendre ce que les autres soignants ont à dire. C’est pourquoi What’s up Doc demande régulièrement à diverses catégories de professionnels de brosser le portrait des praticiens qu'ils côtoient. Dans ce numéro, ce sont les orthophonistes qui tendent un miroir aux médecins.

« Introuvables ». Si l’on demandait aux médecins de choisir un mot pour décrire les orthophonistes, ce serait probablement celui-là qui résumerait le mieux leur pensée. Mais si l’on inversait la perspective, et qu’on demandait aux orthophonistes ce qu’ils pensent des médecins, un seul mot ne suffirait pas à expliquer la complexité de la relation qui unit les deux professions. Loin de là.
« La première chose à dire, c’est que nous sommes une profession prescrite, nous avons donc un lien immédiat avec les médecins », précise Séverine Cavagnac-Wurtz, secrétaire générale de la Fédération nationale des orthophonistes (FNO), le syndicat représentatif de la profession pour les libéraux. La prescription est d’ailleurs l’un des points sur lesquels les orthophonistes souhaitent attirer l’attention des disciples d’Esculape.
« Certains médecins prescrivent encore "10 séances d’orthophonie", alors qu’il faut écrire "bilan avec rééducation si nécessaire" », regrette Séverine Cavagnac-Wurtz. Mais surtout, ajoute-t-elle, « les prescriptions n’arrivent parfois pas assez tôt dans le déroulé de la pathologie ». La représentante de la FNO reconnaît que des progrès ont été faits sur le sujet, mais estime qu’il est encore possible d’améliorer la situation. « Nous sommes convaincus que la prise en charge précoce limite les effets du trouble et du handicap », souligne-t-elle.
 

Orthopho-quoi ?

Au delà des questions liées à la prescription, les orthophonistes déplorent que certains médecins méconnaissent l’étendue de leur champ de compétence. « Certains sont très affûtés, mais beaucoup n’ont que de vagues notions sur ce que nous pouvons faire », regrette Anne-Marie Barbe-César, orthophoniste installée en libéral à Montpellier. Cette dernière, diplômée depuis 38 ans, note toutefois une amélioration. « Avant, quand je disais que j’étais orthophoniste, on me demandait ce que c’était », sourit-elle.
Et le problème n’est pas limité au secteur libéral. « J’ai l’impression que les médecins de mon service connaissent mon champ d’intervention, mais qu’ils n’ont pas vraiment idée de ce qui se passe à proprement parler en rééducation », remarque par exemple Sophie Liégey, orthophoniste en neurologie à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. Celle-ci y voit d’ailleurs un défi intéressant à relever. « Cela fait partie de notre travail de faire connaître ce qu’on fait », estime-t-elle.
La Cristolienne note par ailleurs que le courant passe mieux avec les plus jeunes. « C’est tellement plus facile de s’adresser aux internes, se réjouit-elle. Ils sont souvent très curieux de l’activité de tous les intervenants. » Elle a également constaté que la communication est plus facile avec certaines spécialités, comme l’ORL. Les praticiens y ont selon elle tendance à avoir un regard « plus orienté sur la globalité du patient » que d’autres.
 

À la recherche du gatekeeper idéal

Le message que les orthophonistes souhaitent faire passer est donc clair. « Que les médecins n’hésitent pas à parler avec nous », résume Anne-Marie Barbe-César. Et il ne s’agit pas uniquement de papoter : les orthophonistes ont des raisons très concrètes de vouloir améliorer la communication avec les médecins.
« Il arrive que par manque de temps, le médecin prescrive un bilan orthophonique sur demande des familles sans avoir eu l’occasion d’approfondir suffisamment les raisons de cette demande », explique Séverine Cavagnac-Wurtz. Or ces bilans, qui concluent souvent à l’absence d’un besoin de prise en charge, font perdre un temps précieux aux professionnels surchargés que sont les orthophonistes.
« Nous comprenons que l’inquiétude des familles soit parfois réelle, et que les médecins aient une charge de travail importante, reconnaît la responsable syndicale. Mais s’il pouvait y avoir davantage d’échanges avec les orthophonistes, une partie du tri pourrait être faite en amont. » En d’autres termes : médecins, vous n’êtes pas les seuls à être surchargés, pensez aussi aux autres professionnels !
 

Verbatim
« Nos comptes rendus sont des outils, pourtant certains médecins ne les lisent peut-être pas, ou en lisent seulement la conclusion. »
« Nous prenons souvent notre téléphone pour appeler un médecin. Cela arrive moins fréquemment dans l’autre sens. »
Séverine Cavagnac-Wurtz
 
« Quand des neurologues me suivent dans la chambre d’un patient pour voir ce que je fais en rééducation, ils ressortent généralement en disant qu’ils ne savaient pas que je faisais tout ça. »
« En staff, que ce soit avec les internes ou avec les séniors, nous sommes vraiment écoutés. »
Sophie Liégey
 
« La plupart du temps, les médecins prescrivent le bilan et nos relations s’arrêtent là. »
« Les médecins sont de moins en moins faciles à joindre, on a moins souvent leur ligne directe. »
Anne-Marie Barbe-César
Portrait de Adrien Renaud
article du WUD 50

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