Mention Très Bien

Ciné week-end : Baccalauréat, de C. Mungiu (sortie le 7 décembre 2016)

Un médecin roumain prêt à tout pour offrir à sa fille un avenir meilleur. Mais tout ce qu'il a prévu pour elle se retrouve compromis quand il se voit confronté à une succession de dilemmes moraux. Un grand film dostoïevskien sur le relativisme qui a retenu toute notre attention.

Romeo est un médecin roumain respecté et intègre - ce qui semble assez rare dans sa région -, un père aimant et un fils dévoué. Mais Romeo est surtout un homme qui a renoncé à poursuivre non pas le bonheur, mais une certaine forme d'accomplissement. Lui et sa femme sont revenus vivre en Roumanie après la dictature parce qu'ils voulaient changer les choses. C'est une défaite morale, celle de n'avoir pu y réussir, que Cristian Mungiu filme admirablement, ne lâchant jamais son personnage au fur et à mesure de ses pérégrinations au sein d'une société où la frontière entre système D et corruption est d'autant plus poreuse que ses idéaux l'ont désertée.

En se consacrant à sa fille, Romeo pense avoir trouvé une issue à son premier dilemme, celui de continuer à agir pour le bien d'autrui. Comme il se sent incapable d'améliorer le sort de sa famille en Roumanie, il a décidé d'offrir à sa fille Eliza un avenir en Grande-Bretagne. Mais tout est sur le point de s'écrouler quand Eliza se fait agresser la veille du bac. Sous le choc et le poignet dans le plâtre, elle n'obtiendra probablement pas le 18 nécessaire à la bourse lui permettant d'intégrer Cambridge. En cherchant à tout prix à contourner cet obstacle, et peut-être contre le désir d'Eliza ainsi que les principes qu'il lui a inculqués, Romeo se retrouve face à ses propres contradictions.

Baccalauréat est avant tout un conte moral, une dissertation de philosophie dont le sujet serait la transmission des valeurs, et la compatibilité de celles-ci avec le bonheur. Romeo peut-il rendre heureuse sa fille en ayant lui-même renoncé à l'être ? Dès lors qu'il se retrouve confronté à la perspective de n'avoir plus de but, c'est son sentiment d'existence qui menace de s'effondrer. Tout ce qui semblait tenir, mais sur des bases si fragiles - son couple, son métier, le lien à sa fille - en est dès lors impacté. La fin du film, aussi intelligente que le reste du scénario, échappe au côté pesant de la typique « morale de l'histoire » grâce à l'espoir qu'elle transmet.

Mais Baccalauréat est plus que ce conte cruel : c'est un grand film, superbement mis en scène et habité par une menace sourde dont on ne sait jamais si elle est réelle, si elle révèle l'état de la société ou la culpabilité de son personnage. Tout comme l'agression d'Eliza, qui pourrait être, plus qu'un coup du sort, une machination ou une fatalité, une sorte de prix à payer...

Si Mungiu filme la Roumanie comme Farhadi filmait l'Iran dans Une Séparation, la portée universelle de son film en fait un thriller moral dans la lignée d'un Michael Haneke, l'empathie en plus. Sa place relative au sein du palmarès cannois - « seulement » le prix de la mise en scène - apparaîtrait presque comme une injustice tant il est riche et réussi.

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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