Médecin Startupper

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Depuis avril 2016, What’s up Doc suit quatre jeunes médecins sur la route du développement d’applis e-santé. Au bout d’un parcours d’un an et demi, certains entament la dernière ligne droite avant la mise sur le marché : le bêta-test*.

Médecin Startupper

Guillaume : Le bout du tunnel

Guillaume, généraliste nordiste, travaille sur Ordoclic, un projet de dématérialisation de la prescription. Le principe est simple : le médecin met ses ordonnances, signées numériquement, à la disposition du pharmacien sur un serveur agréé pour héberger des données de santé. Un exemplaire est consultable sur le smartphone du patient. 
Après une levée de fonds réussie au printemps dernier (voir WUD 33), Guillaume et son équipe ont accéléré le développement pendant l’été. « Je suis enfin content du produit, ça ressemble à ce qu’on avait imaginé initialement », se réjouit le généraliste. Il est donc temps de passer à la phase de test. « Ce sera un test en groupe restreint, avec des personnes qui s’intéressent au projet depuis le début », explique Guillaume. « L’idée est de remonter les bugs pour aboutir à une version bêta exploitable pour un second test auprès des utilisateurs qui se sont pré-inscrits sur notre site. » 

Le startupper ne cache pas sa satisfaction de voir qu’il touche enfin au but. « Tout le monde me dit que j’ai beaucoup d’énergie, mais moi je trouve que ça n’avance jamais assez vite », sourit-il. Entrevoir les bénéfices concrets de son travail lui fait donc du bien. « Je pense que cette appli va améliorer le quotidien des professionnels et la fiabilité du système de santé », indique-t-il. 

Mais Guillaume ne compte bien sûr pas en rester à la V1, prévue pour le mois de janvier. « Nous voulons développer l’appli en continu pendant l’année 2018, et utiliser les retours utilisateurs pour développer de nouveaux services », annonce-t-il. « Il faudra être hyper agiles, avec une équipe capable de développer une nouvelle fonctionnalité en deux ou trois jours. » Quand il n’y en a plus, il y en a encore… 

Amir et Romain : Bientôt un test grandeur nature

Amir et Romain sont quant à eux en train de finir leur internat tout en mettant au point avec un associé développeur une appli nommée MedicEasy. Cette solution entend aider médecins et patients à préparer les consultations. Entre soutenance de thèse et année de master, ils parviennent à consacrer du temps à leur startup, et arrivent enfin dans le concret. 
« Nous considérons que nous avons vraiment fini notre prototype », annonce Romain. L’appli est donc en train d’être testée auprès d’une trentaine de proches, qui l’utilisent côté patients. « C’est la dernière étape avant de passer à un test grandeur nature », précise le startupper. Ce test se déroulera auprès d’une cinquantaine de « médecins ambassadeurs » qui proposeront l’outil à cinq de leurs patients. « Nous allons essayer de montrer que notre produit correspond bien à un besoin, et qu’il peut rendre les services escomptés », annonce Romain. « Nous comptons d’ailleurs publier une étude avec les données que nous allons obtenir. » 

Car bien sûr, les deux jeunes médecins sont conscients de leurs responsabilités. « Quand on travaille sur la santé, même sur un bêta-test, on ne peut pas se permettre de faire quelque chose d’hasardeux », estime Romain. Ils vont donc continuer, avec le même sérieux. 

Henri : Contre vents et marées

Henri, gastro-entérologue universitaire, développe pour sa part un outil de compagnonnage numérique à destination des étudiants et des internes. Baptisé Companion Sheep, celui-ci plongera l’utilisateur dans les conditions réelles de la vie hospitalière : il sonnera à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit pour présenter à son heureux propriétaire des cas cliniques. 
Le problème, c’est qu’entre ses responsabilités universitaires, ses enfants et quelques projets littéraires, Henri a du mal à dégager du temps pour son projet. « J’ai commencé à rédiger le contenu des cas cliniques dans ma spé, mais c’est très lent… », avoue-t-il. Pour les autres disciplines, il travaille avec des étudiants. « Mais ce n’est pas facile de trouver ceux qui sont bons techniquement, doués pour communiquer, et qui ne se lassent pas au bout de quelques cas », regrette-le gastro-entérologue. Qu’à cela ne tienne : Henri est du genre à s’accrocher. Il ne lâche pas l’affaire !

*Bêta-test : c’est la deuxième période d'essai d'un produit informatique avant sa publication. Le produit est alors soumis à un nombre important et/ou représentatif d'utilisateurs (les bêta-testeurs). Leurs expériences permettent de rapporter les problèmes rencontrés ainsi que de faire part de leurs suggestions. Le bêta-test sert en effet à trouver les bugs résiduels, ou bien à optimiser les interfaces. 

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L’AVIS DE L’EXPERT : DES SOIRÉES TEST ! 

Mayane Guez a crée une startup baptisée Shamana, spécialisée dans le e-commerce. En parrallèle, elle organise des rencontres entre des créateurs d'applis et des utilisateurs lamba. Nom de code de ces soirées : " Test My App".Objectif : améliorer les applis. Et d'après Maryane Guez, il y en a bien besoin.

WHAT’S UP DOC. COMMENT SONT NÉES LES SOIRÉES « TEST MY APP » ? 

MAYANE GUEZ Quand j’ai monté ma startup, j’ai eu besoin de faire des bêta-tests. Ma problématique était alors de trouver des testeurs, et j’ai eu l’idée d’organiser des soirées où les gens viendraient tester les applis de différents startuppers. Cela fait un an que nous avons commencé. Les rendez-vous ont lieu tous les 2 mois, dans un espace de co-working parisien. 

WUD. MAIS AU FAIT, À QUOI ÇA SERT, UN BÊTA-TEST ? 

M.G. Quand on monte un projet, on a plein d’idées, mais pas forcément celles que les gens attendent. Au lieu de dépenser du temps et de l’argent à développer tout ce qu’on a dans la tête, il vaut donc mieux partir de petites fonctionnalités pertinentes : c’est quelque chose qu’on peut cocréer avec les utilisateurs, lors de bêta-tests. L’autre utilité, c’est de faire tester votre interface par des gens qui ne connaissent pas le projet. Cela permet de se rendre compte très rapidement de problèmes d’expérience utilisateur qui peuvent être très bloquants pour la suite. En général, les startuppers qui participent aux soirées « Test my app » arrivent en disant que c’est une idée sympa, et repartent en disant que c’est essentiel ! 

WUD. POURRAIT-ON ORGANISER DES SOIRÉES « TEST MY APP » POUR UN PUBLIC DE TESTEURS PLUS SPÉCIFIQUE, COMME LES MÉDECINS ? 

M.G. C’est totalement possible, il n’y a pas de contrainte particulière. Bien sûr, cela nous demanderait un peu plus de travail pour cibler les bonnes personnes, mais nous pouvons nous adapter s’il y a un besoin. 

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