Marie Fournier, chirurgienne gynécologique : « Oui, on peut faire de “la bonne médecine” dans le privé ! »

« Pur produit de l'hôpital public », le Dr Marie Fournier, spécialisée en chirurgies gynécologique et de l’endométriose, ne regrette pas son passage en libéral. Les internes sont, dit-elle, mal informés sur les possibilités qu’offre le privé.

 

Marie Fournier n’avait jamais envisagé autre chose qu’une carrière hospitalière ; « hospitalo-universitaire même, à mes débuts, précise-t-elle. Mais la vie en a décidé autrement ! » Ça a commencé par une furieuse envie de quitter Paris. Quand son mari trouve un travail à Chartres, elle se met en quête d’un poste de PH : « On m’a dit qu’il y avait déjà beaucoup de chirurgiens, que ce serait compliqué… Le seul poste que l’on me proposait ne m’intéressait pas. » Et puis elle va jeter un œil à l’Hôpital privé d’Eure-et-Loir (groupe Elsan), où elle apprend qu’un chirurgien gynécologique part en retraite. « Ils m’ont accueilli à bras ouvert ! »

 

 

Nouvelle ville, nouvelle vie, le passage en libéral ne s’est pas fait sans quelques craintes.

Je suis un pur produit de l'hôpital public, c’était un saut dans l’inconnu ! Je voulais rester dans le public, pour la sécurité, le confort du salariat, la continuité de soins… C’est une facilité de rester dans un univers où l’on a ses repères, où l’on a été formé. Je me suis dit : si certains ont réussi, pourquoi pas moi ?

Pour surmonter quelques appréhensions, Marie Fournier a misé sur son réseau : « Chartres n’est qu’à 1h15 de Paris, je connaissais quelques confrères qui étaient venus s’installer dans la région -notamment un chirurgien orthopédiste, qui avait sensiblement le même parcours que moi et qui m’a conseillé ». Dans cette région « à la démographie médicale compliquée » (beaucoup de départs en retraite non remplacés), elle rejoint une association de généralistes et de spécialistes créée spécifiquement pour l’aide aux nouveaux arrivants du département, les « Jeunes médecins du 28 ». Enfin et surtout, elle a beaucoup échangé avec l’équipe dirigeante de la clinique, qui lui a proposé tous les dispositifs d’aide à l’installation. Notamment un soutien financier, par le biais d’un allègement des charges au départ, « loin d’être négligeable ». Ce qui l’inquiétait ? « L’aspect administratif, je n’avais aucune notion sur cet aspect de l’activité. Nous ne sommes pas du tout formés à ces notions durant nos études de médecine (à dessein ?). Je me suis rendu compte que ce n’était pas très compliqué au final. La compta, par exemple : ce n’est pas si chronophage… »

 

LE TEMPS RETROUVÉ

Le temps, Marie Fournier avait peur d’en manquer aussi, en passant dans le privé. « Je me disais que j’allais devoir travailler encore plus qu’à l’hôpital pour maintenir mon niveau de vie, rentrer dans mes frais (voire recruter), que j’allais devoir dire oui à tout, bosser de 8H00 à 20H00 tous les jours, et devenir l’esclave de la clinique… C’est l’inverse qui s’est produit ! On m’a vivement conseillé de ne pas surcharger mon emploi du temps (quitte à augmenter la charge progressivement), et de garder du temps pour moi. » Cette jeune maman a appliqué la consigne à la lettre, en libérant ses vendredis : « j’ai constaté que je suis loin d’être la seule, dans ma génération (de chirurgiens, NDLR), à ne plus me définir uniquement par le travail. Ce vendredi libre, c’est du temps pour moi et pour ma famille. »

La chirurgienne avait une autre crainte : va-t-elle pouvoir faire de « la bonne médecine » en libéral ? « Quand on est dans le public, on a l’impression que l’on passe son temps à récupérer les patients des cliniques, que ces dernières font n’importe quoi, que l’on récupère toutes leurs interventions ratées. Parce qu’ils opèrent trop, pour faire du chiffre, qu’ils n’ont pas les matériels nécessaires... Passer de l’autre côté permet de se rendre compte que tout cela est faux », assure Marie Fournier, qui loue les moyens mis à sa disposition : « j'ai tout ce dont j'ai besoin pour travailler dans de bonnes conditions. Dans une clinique, comme à l’hôpital, on ne peut pas pratiquer toutes les chirurgies, les limitations sont les mêmes, il faut simplement adapter son exercice au plateau technique. » Quant à la cancérologie ? « Même si la clinique n’est pas énorme, nous faisons suffisamment de chirurgie cancérologique pour maintenir l’activité ». Le groupe est-il a son écoute, en cas de besoin ? « L’équipe dirigeante est très réactive, oui. Dans ma clinique, il n’y a pas de réa, mais il y a une unité de soins continus, des chirurgiens vasculaires, viscéraux, urologiques et tous sont présents (et toujours de bonne humeur !) pour venir donner un coup de main en cas de problème. » Une manière de conclure en tordant le cou à une dernière idée reçue : non Jef, t’es pas tout seul avec ton patient dans ta clinique !

 

Un autre regard sur l’exercice libéral, en collaboration avec le groupe Elsan

 

Portrait de Thomas Renou

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