Les médecins généralistes, submergés par la troisième vague psychiatrique ?

Sous tension, le secteur de la psychiatrie pourrait ne pas être en mesure d’absorber la troisième vague psychiatrique. Un afflux de patients qui risque de se répercuter sur des médecins généralistes démunis.

La troisième vague psychiatrique est en approche. C’est en tout cas ce que laisse supposer les derniers chiffres du sondage réalisé par Odoxa-CGI pour France Bleu et France Info. Fin novembre dernier, 32 % des Français confiaient se sentir déprimés. La psychiatrie évoluant dans un contexte tendu depuis de nombreuses années, les médecins généralistes craignent d’être submergés. « Les médecins généralistes se sentent démunis », témoigne la vice-présidente du syndicat UFML-S, le Dr Jacqueline Goltman, après avoir interrogé 89 de ses confrères.
 
Au travers d’un communiqué diffusé lundi 25 janvier, cette psychiatre de profession a décidé d’alerter sur les difficultés rencontrées par le secteur de la psychiatrie à l’aube d’une troisième vague psychiatrique. « Le secteur public a perdu 50 000 lits en 30 ans, débute-t-elle. Sur 4 500 postes de psychiatres à l’hôpital, 1 000 sont vacants ». Et le secteur libéral ne serait pas « en meilleur état » selon elle. « D’après le Conseil de l’Ordre, la France a perdu en huit ans trente pour cent de ses médecins psychiatres », indique la spécialiste.
 
Une pénurie qui risque de se répercuter lourdement sur l’emploi du temps des généralistes. Selon les données recensées par la DREES en 2019, le temps de travail moyen des médecins libéraux s’élèverait déjà à plus de 50h par semaine. Un rythme soutenu qui risque de difficilement s’harmoniser avec la prise en charge des pathologies psychiatriques qui exigent, par définition, plus de temps. « Rien que pour évaluer la pathologie, ça peut demander environ 30 minutes de plus », souligne la psychiatre. Sans oublier que ce temps long doit également se conjuguer avec la contrainte non négligeable de la tarification conventionnée. « En général, les consultations durent entre 15 et 20 minutes. Avec un tarif de 25 euros, c’est évident que vous ne pouvez accorder trop de temps à chaque consultation », assure le docteur.
 
Et même quand les médecins généralistes décident de le prendre, l’importance des troubles peut être un frein à la prise en charge.  « Pour les troubles psychiatriques banaux, ils peuvent faire face », assure la spécialiste. Le problème ? C’est que des pathologies de décompensation, d’addictologie ou encore d’idées suicidaires se bousculent également entre les quatre murs de leurs cabinets. « Ils peuvent faire un diagnostic mais ils ne peuvent pas l’adresser à un spécialiste. Il n’y en a pas de disponible pour accueillir les patients », assure l’experte. « Les CMP peinent à accueillir de nouveaux patients. Les psychiatres et les psychologues de ville, quant à eux, sont débordés », rappelle-t-elle.
 
C’est d’ailleurs sur ce volet-là que le gouvernement a décidé d’agir. Lors d’un discours diffusé en vidéo au Congrès de l’Encéphale le 21 janvier, Olivier Véran a souligné les efforts entrepris par le gouvernement pour venir en aide à la psychiatrie. « 60 millions d'euros supplémentaires sont venus renforcer l'offre de soins en santé mentale et psychiatrie en 2020. 160 postes de psychologues au titre du Ségur, ont été créés dans des centres médico-psychologiques », a assuré le ministre de la santé. Et de poursuivre : « Nous allons financer dans les prochains mois à hauteur de 12 millions d’euros par an pendant trois ans, prévus dans le Ségur de la Santé, des psychologues au sein des Maisons de Santé Pluri professionnelles (MSP) et des Centres de santé ». Des mesures accompagnées du « déploiement d’un dispositif plus ambitieux de première ligne médecin-généraliste-psychologue » qui a fait réagir la vice-présidente dans son communiqué : « Les généralistes, qui font face à la crise sanitaire, n’ont pu être formés à la psychiatrie, tandis que restent floues les conditions de mise en place d'un réseau de psychologues ». Et de nous préciser : « Ce dernier dispositif m’a fait un peu sortir de mes gonds car il y a urgence ».
 
Et pour cause : lessivés par cette crise sanitaire qui les a, pour certains, durement affectés, les médecins généralistes peinent à savoir comment ils vont soigner des gens qui vont parfois mieux qu’eux.   
 

Portrait de Julia Neuville

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