Les liaisons foireuses

Critique de "Celle que vous croyez", de Safy Nebbou - sortie le 27 février 2018. 

Claire se remet difficilement de son divorce, qui la confronte à la peur de vieillir et de ne plus être désirable. Ne supportant pas que son amant, plus jeune qu'elle, s'éloigne d'elle, elle décide de l'espionner sur les réseaux sociaux en créant le profil de Clara, une jeune fille de 24 ans...qui va taper dans l'œil d'Alex. Intriguée puis séduite, Claire se laisse happer par son propre mensonge. Jusqu'où cela va-t-elle l'entraîner?...Un film qui réussit à installer une atmosphère, qui se veut le miroir de nos amours modernes, à l'heure du virtuel et de la connexion illimitée, mais qui se heurte aux limites de son intrigue et échoue à nous captiver.

Les débuts de films réussis laissent d'autant plus un goût amer quand ils échouent à tenir leurs promesses. Ainsi en est-il de Celle que vous croyez, porté par une Juliette Binoche incandescente dans le rôle d'une professeure de littérature en proie à sa peur de vieillir et son refus d'abdiquer son désir. L'atmosphère urbaine, les images léchées, la cruauté de la première scène ne sont pas sans rappeler le film Shame, qui lui aussi décrivait les affres d'une séduction piégée par une modernité dévorante, condamnée à la solitude. Binoche cite Laclos, convoque la Marquise de Merteuil, nous invitant ainsi au cœur d'une intrigue épistolaire que l'on espère retorse et éclairante quant à nos vicissitudes 2.0. L'intervention d'une psychiatre, à qui une Claire à la dérive vient conter sa mésaventure, achève d'éveiller notre curiosité.

Dès que Safy Nebbou introduit dans son dispositif la modernité numérique par le truchement du réseau social Facebook, l'élégance du premier quart d'heure commence à vaciller. Probablement en raison de la banalité des échanges entre Claire/Clara et Alex (on est loin de Marivaux!), qui n'utilisent pas, loin s'en faut, toutes les ressources des réseaux sociaux : partages de vidéos, de photos, utilisation de FaceTime... Du coup l'installation de cette romance n'est déjà plus assez crédible. Nous nous surprenons alors au constat que le film paraît presque...daté ! En amoureuse mièvre, la reine Juliette s'aventure un peu trop dans le comique. Nous perdons peu à peu notre espoir de percevoir dans cette romance une originalité et un mystère que préfiguraient le titre, l'affiche et le prologue.

Le film conserve pourtant une certaine cohérence et nous fait ressentir lors de certaines scènes le vertige amoureux et l'abîme insondable de cette héroïne de plus en plus rattrapée par ses contradictions et ses peurs archaïques. Hélas, plus l'intrigue avance, plus elle dérive. Probablement mal maîtrisé, ou en raison d'un mauvais montage, le scénario se fait trop poussif, trop visible. Ne sachant comment le dénouer, Nebbou a la très mauvaise idée d'utiliser le personnage de la psychiatre pour y parvenir. Double erreur ! Premièrement, parce que son intervention est trop grossièrement non déontologique pour être convaincante. Mais, surtout, parce que par ce procédé, qui se révèle être avant tout un artifice scénaristique, c'est le dispositif même de ce colloque médecin-patient qui est remis en cause, l’humanité du personnage joué par Nicole García étant gommée par son objectalisation en tant que simple ressort de l’intrigue. Ainsi a-t-on le sentiment, lors du générique, d'avoir assisté à une succession de rencontres ratées, comme à l'issue de plusieurs rendez-vous Tinder...

 

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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