Les étudiants en santé, victimes quotidiennes des violences sexistes et sexuelles

L’ANEMF dresse un constat accablant. Les violences sexistes et sexuelles sont partie prenante des études en santé. En tout, un tiers des étudiants en médecine auraient déjà été victimes d'harcèlement sexuel au cours de leur formation. 

Véritable fléau, les violences sexistes et sexuelles ne nous laissent aucun répit. En marge de la crise sanitaire, elles continuent de gangréner le quotidien des étudiants en santé. « Le milieu universitaire et hospitalier où évoluent les étudiants est lourdement marqué par les violences sexistes et sexuelles », atteste l’ANEMF qui a recensé les témoignages de plus de 4 000 étudiants de la seconde à la sixième année de médecine.

Remarques sexistes, agressions sexuelles... et viols 

Présentés lors d’une conférence de presse organisée le 18 mars dernier, les résultats de leur enquête sont en effet alarmants. « Nous aurions préféré ne jamais avoir à lire les centaines de commentaires et témoignages accablants reçus. Nous aurions préféré ne jamais ressentir cette colère et cette honte à l’égard du milieu dans lequel nous évoluons au cours de nos études », déplore le syndicat étudiant. Que ce soit sur les bancs de la faculté de médecine ou entre les quatre murs des hôpitaux, 30 % des étudiants en médecine déclarent avoir déjà été victimes de harcèlement sexuel au cours de leur formation. « Et 39 % d’entre eux ont déjà fait l’objet de remarques sexistes », précise Morgane Gode-Henric, président de l’ANEMF.

Dans la majorité des cas, ces attitudes semblent être dirigées à l’encontre des femmes. Cela, même si les hommes ne sont pas épargnés. « On manque cruellement de femmes pour ranger les dossiers » ; « Vous avez volé la place d’un homme en faisant médecine » ; « Il a commencé à m’envoyer des SMS douteux en me demandant si je voulais voir sa grosse bite » ; rapporte pêle-mêle l’ANEMF au cours de la conférence de presse.

Des situations de violences sexistes et sexuelles qui ne font pas l’économie des agressions sexuelles. À l’hôpital, plus de 5 % des répondants confient avoir déjà été victimes de ce type d’actes. « Une chef a mis une fessée à son interne (homme), c’était sur le ton de l’humour mais c’était déplacé, elle a fini par s’excuser. » ; « Un infirmier a soulevé mon haut pour regarder mon tatouage situé sous mon sein alors que j’avais catégoriquement refusé de le lui montrer » ; « Après avoir dit quelque chose qui pour lui était faux, le médecin a trouvé bon de me mettre une fessée devant des enfants et une patiente », égrène tour à tour la Présidente, les yeux rivés sur ses notes. Un chiffre -  déjà trop élevé - qui grimpe à 15 % sur les bancs de la faculté de médecine. « [À cette dernière], 119 étudiants rapportent avoir été violés, soit 2,7% des répondants », précise gravement l’ANEMF dans son communiqué. Et d’ajouter : « La majorité des viols a lieu lors des événements organisés tels que les soirées étudiantes (dans plus de 7 cas sur 10) ».

Qui sont les harceleurs ? 

Si ces actes punis par la loi trouvent un écho certain sur les bancs de l’école ou dans les couloirs de l’hôpital, les harceleurs, eux, diffèrent. « À l’hôpital, l’immense majorité de ces faits est réalisée par des supérieurs hiérarchiques plaçant les étudiants dans une situation très malsaine », détaille l’ANEMF. PU-PH, PH, CCA, interne, Chef de service y sont donc les premiers agresseurs. « Le chirurgien posait des questions personnelles d’ordre sexuel/ orientation sexuelle de façon très insistante, il portait un regard malsain sur moi », se remémore notamment l'un des témoins. Sur les bancs de la faculté de médecine cependant, ce sont les étudiants eux-mêmes qui sont le plus souvent responsables de ces violences. Remarques sexistes, agressions sexuelles... « Dans plus de 9 cas sur 10, ce sont des étudiants qui en agressent d’autres », indique l’ANEMF. Pour autant, l’association étudiante prévient : l’ensemble des acteurs de la vie étudiante peut être l’auteur de ces actes. « Les agresseurs sont des enseignants, membres de la faculté ou de la sécurité dans une très petite proportion des cas », poursuit l’ANEMF.

Un impact sur le long terme

D’une extrême gravité, ces faits continuent de perturber le quotidien des étudiants en santé bien après leurs survenues. Ainsi, 24 % des victimes ont eu la sensation que ces événements ont eu des conséquences sur leur avenir. « Elles se traduisent sur différents aspects : bien que les répercussions sur la vie personnelle soient plus nombreuses (78,4%), l’impact sur la vie professionnelle des victimes n’est pas à négliger (35,0%), tout comme les répercussions sur leurs connaissances théoriques, qui se traduisent notamment par un arrêt des cours (16,0%) », indique l’ANEMF. À noter que 17,7 % des étudiants témoignent également d’un changement d’habitude par rapport à leur prise de substances alcooliques. « 40 étudiants ont vu leur consommation augmenter, donc 2 de manière extrême », indique le syndicat.

Le signalement, une sensation d'inutilité 

Malgré ces retombées sur le long terme pourtant, nombreux sont ceux qui choisissent le silence pour seule réponse. En effet, moins d’un étudiant sur cinq parviendrait à parler de ce dont il a été victime. Une omerta, particulièrement marquée chez les hommes, souvent induite par la sensation de l’inutilité d’une telle démarche. Autres motifs avancés, le manque d’information sur les plateformes de signalements ou encore la peur, trop récurrente, des retombées sur leur vie professionnelle. « Par méconnaissance de leurs droits, par peur des représailles, les victimes ne dénoncent pas. Il faut ajouter à cela une crise de confiance envers les institutions qui selon les victimes ne sanctionnent pas suffisamment et efficacement pour faire cesser certains comportements. », s’insurge l’ANEMF.

Présente lors de la conférence de presse, la vice-présidente de la conférence des doyens de médecine, Bach-Nga Pham, n’a pu rester impassible. « Au nom de la conférence des doyens, je condamne toute agression verbale, physique ou sexuelle. Mais, il faut que ces faits soient dénoncés pour que chaque doyen qui a la responsabilité des étudiants dont il a la charge puisse appliquer des mesures coercitives ». Et d’ajouter : « Doyens et étudiants, nous devons mener ce combat ensemble ».

Portrait de Julia Neuville

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