Les chirurgiens se mettent au "vert"

Après les anesthésistes, c’est au tour des chirurgiens de s’intéresser de plus près à l’impact de leur pratique sur l’environnement, selon une récente enquête de l’AFC (Association française de chirurgie) sur les pratiques éco-responsables des chirurgiens au bloc.

« Il est important que les sociétés savantes de chirurgiens comme l’AFC (Association française de chirurgie, NDLR) jouent un rôle de catalyseur pour faire avancer la gestion éco responsable des blocs. Cela fait partie de notre métier et de notre responsabilité. Nous voulons, à l’instar des anesthésistes, prendre une part active sur le green bloc », revendique le Dr Patrick Pessaut, président de l’AFC et chirurgien viscéral aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg (Hus).
 
Après les anesthésistes, c’est en effet au tour des chirurgiens de s’intéresser de plus près à l’impact de leur pratique sur l’environnement. Nombreux sont en effet ceux qui aimeraient en effet s’engager pour un « green bloc » en améliorant leurs pratiques. C’est ce qu’il ressort d’une récente enquête de l’AFC sur les pratiques éco-responsables des chirurgiens au bloc, réalisée auprès de 342 chirurgiens français. Celle-ci révèle que 58% des chirurgiens digestifs ont mis en place ou prévoient de mettre en place un plan pour gérer les déchets issus du bloc.
 
Par ailleurs, 63% se sentent responsables de la gestion des actions éco-responsables de leur bloc, tandis que 80% font des gestes au quotidien pour réduire l’impact environnemental de leur bloc. Enfin, 96% sont convaincus de la nécessité de mettre en place des actions éco responsables.

Constat alarmant 

Comme les anesthésistes, ils ont conscience de ce constat alarmant : les établissements de santé français génèrent 700 000 tonnes de déchets chaque année, tandis que le bloc opératoire est responsable de 20% à 30% des déchets produits. Si bien qu’une opération chirurgicale classique « génère plus de déchets qu’une famille de quatre personnes en une semaine », alertait un guide pratique de 80 pages sur le développement durable au bloc opératoire, publié par la Société française d'anesthésie-réanimation (Sfar) et le Comité pour le développement durable en santé (C2DS).
 
Les anesthésistes sont en effet pionniers sur le sujet en France. Dès 2016, la Sfar a créé le Groupe Développement Durable (GDD) pour que les professionnels de santé en anesthésie réanimation réduisent l’impact de leurs pratiques sur l’environnement. Objectifs : créer un réseau, répertorier les initiatives, créer une culture du développement durable au sein de la communauté des professionnels d’anesthésie réanimation, mettre à disposition des modèles, des circuits, des outils… WUD a d’ailleurs récemment interviewé le Dr Jane Muret, la présidente et fondatrice du GDD.

Quelles actions environnementales ?

Pour en revenir aux chirurgiens interrogés par l’AFC à propos des principales actions environnementales qu’ils pourraient mettre en place, 73% opteraient pour le tri, 53% pour les économies d’énergie, 43% pour la gestion des déchets, 34% pour la gestion de l’eau.
 
Sauf que, pour véritablement passer des paroles aux actes, les chirurgiens devront d’abord dépasser les freins liés au manque de communication et de transparence de la part de leurs établissements. En effet, selon l’enquête, près de 40% d’entre eux ne sont pas informés des démarches éco responsables vis-à-vis des déchets, « ce qui dénote d’un circuit d’information à améliorer entre chirurgiens et établissement », estime l’AFC. En outre, 63% des chirurgiens manquent d’information sur les pratiques et 50% voudraient de l’aide de la part de leurs établissements de santé.
 
« C’est un manque d’intelligence collaborative entre établissement et chirurgiens qui constituent un frein à l’amélioration des pratiques, et non pas une question de moyens, puisque le manque de ressources financières n’est un obstacle que pour 30% d’entre eux », explique Patrick Pessaux.
 
C’est pourquoi l’AFC a décidé de s’engager dans l’éco-responsabilité à travers :
- la mise en réseau des acteurs ayant initié ou qui souhaitent initier une telle démarche
- la sensibilisation et l’information aux professionnels de santé  
- la création d’une bibliothèque des mesures et des pratiques recommandées
- la tenue d’un congrès éco-responsable
 
Affaire à suivre donc !

 

Un exemple de green bloc :
Aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, tous les professionnels intervenant au bloc (chirurgiens, anesthésistes, IADE, IBODE, IDE, aides-soignants) ont été impliqués dans un projet de green bloc. Il s’agissait d’une action d'information, de la création d'un groupe de réflexion et du lancement d'une enquête interne auprès des personnels de blocs. Trois mesures phares ont été arrêtées : valoriser les métaux à usage unique utilisés lors d’interventions par la mise en place d’une filière de recyclage dédiée ; rationaliser les plateaux d’anesthésie pour lutter contre le gaspillage ; réduire voire une supprimer le protoxyde d’azote et les « gaz anesthésiants » qui sont de puissants gaz à effet de serre. C’était également un travail en amont pour « repenser les emballages et en aval en trouvant des filières de recyclage », selon Patrick Pessaux.

 

Portrait de Julien Moschetti

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