Les arrêts de travail font leur rentrée

On peut repartir en congés

Une petite phrase du Premier ministre associant arrêts de travail et congés payés a fait réagir les syndicats de médecins, qui se sentent visés. Persécution, quand tu nous tiens !

« En trois ans, le nombre de journées indemnisées est passé de onze à douze par an et par salarié du privé. C’est comme si notre pays avait instauré un jour de congé supplémentaire ! »

Cette petite phrase rapportée par le JDD du 26 août et attribuée à Édouard Philippe n’est pas passée inaperçue. « Chaque année, un peu plus de 10 milliards d’euros sont consacrés à l’indemnisation des salariés arrêtés, et ce volume progresse de plus de 4 % par an », avait-il d’abord souligné, commentant des chiffres issus du rapport 2018 à la Commission des comptes de la Sécurité sociale.

L’UFML-S s’enflamme

Tollé du côté de l’UFML-S. Jérôme Marty, son président, réagit : « Monsieur le Premier ministre, je n’ai pas l’impression de prescrire des jours de congés aux patients à qui je prescrits un arrêt de travail », a-t-il déclaré sur Twitter. Une déclaration suivie le 27 août par un communiqué de presse du syndicat, rappelant que « les médecins ne sont pas complices ».

« Les médecins hospitaliers ou de ville n’ont pas à respecter de quotas mesurés à l’impact économique de ces arrêts de travail, mais à déterminer à chaque instant la nécessité médicale d’une telle prescription », précise le communiqué. Plus récemment, Jérôme Marty a publié un message sur Facebook, reprochant aux autres syndicats de n’avoir réagi « que parce que la presse les a interrogés ».

Dans le Quotidien du médecin, MG France, La FMF et le SML ont en effet répondu, et semblent eux-aussi se sentir visés par la phrase du Premier ministre.

Paranoid Android

Petite phrase lâchée dans un plan de comm travaillé ou maladresse d’un politique qui raisonne en productivité et en PIB. Dans tous les cas, l’interview d’Édouard Philippe ne semble pas viser les prescripteurs. Jouerait-on la paranoïa chez les médecins ? Ça n'est pourtant pas le genre de la maison...

Il semblerait plus probable que cette phrase fut destinée à préparer les discussions entre le Premier ministre, les ministères du Travail et de la Santé et les partenaires sociaux, qui s’ouvrent ce mercredi. Le thème : « la santé au travail de manière très large et les arrêts maladie », a précisé Agnès Buzyn, ce matin sur Radio classique.

« Pourquoi les arrêts maladie ? Car ces dépenses augmentent de 4% par an depuis plusieurs années, soit 400 millions d'euros par an supplémentaires qui sont reversés sous la forme d'arrêts maladie et ne vont pas dans les caisses des hôpitaux pour payer des soins innovants ou dans celles des soins de ville ». Vous voyez qu’on pense à vous, au gouvernement. Et pas pour vous taper sur les doigts, mais pour vous donner des moyens !

Il y a toujours un « mais »

Les destinataires de la sortie du Premier ministre ne seraient-ils pas plutôt les chefs d’entreprises, à qui le Gouvernement souhaitait transférer la charge des arrêts de travail courts ? Agnès Buzyn, dans le JDD du 12 août, s’interrogeait sur leur augmentation. « Si les raisons sont liées à une hausse de la pénibilité psychologique, les entreprises ont un rôle à jouer », avait-elle notamment estimé. Alors, soulagés ? Indice supplémentaire : ce mardi, la députée LREM Charlotte Lecocq a rendu son rapport sur la santé au travail et la prévention.

Ces arrêts de travail, c’est donc la faute des patrons et de leur management, pas des médecins. « On sent que les médecins sont sous pression, sous la demande », a-t-elle ajouté ce mercredi matin sur Radio classique. Qu'est-ce qu'on vous disait !


« Mais… » (aïe !) « nous savons, en contrôlant les arrêts de travail, que 15 % sont inappropriés, sont des abus. Donc nous devons travailler collectivement ».

C’est ballot, elle avait presque tout bon jusqu’au bout…

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

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