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Une chronique accusatrice dans Le Point
Dans sa chronique publiée le 17 janvier, Michel Richard, directeur adjoint de la rédaction du Point, s’indigne du déplacement de près de 2 000 médecins libéraux à Bruxelles. Il y voit un geste choquant et politiquement dangereux, parlant d’une « fuite à l’étranger semblable à celle de vulgaires exilés fiscaux » et d’une « désertion ».
Il reproche aux médecins d’avoir « jugé bon de filer par bus en Belgique pour trois jours, annulant ainsi les 100 000 opérations qu’ils avaient programmées », et estime que ce comportement relève d’un « incivisme » incompatible avec leur rôle dans la société.
S’il reconnaît la complexité du dossier, il assume de ne pas entrer dans le fond : « On s’abstiendra ici de juger la pertinence de leur mouvement tant le dossier est d’une horrible complexité. »
Pour lui, les médecins libéraux oublient qu’ils dépendent largement de la solidarité nationale : « Ils sont moins libéraux qu’ils ne pensent, leurs revenus étant pour l’essentiel assurés par la solidarité nationale. »
La conclusion est sévère et politique. Michel Richard y voit un symptôme de fragmentation sociale : « Une juxtaposition de communautés, de territoires, d’intérêts, ne se souciant que d’eux-mêmes », allant jusqu’à qualifier les médecins de « sécessionnistes » qui auraient donné « l’exemple le plus indécent qui soit, le plus incivique, de s’affranchir de leur pays et de ses lois ».
Une réponse virulente et personnelle du Dr Jérôme Marty
Dans un texte publié le 19 janvier, le Dr Jérôme Marty conteste d’abord le titre choisi par Le Point. Il écrit : « Le titre a claqué, froid, noir, terrible… Cinq mots et, devant nos yeux, les heures sombres. »
Il accuse Michel Richard d’avoir convoqué une référence historique lourde de sens : « Les bus de la honte, ces bus qui, à Paris, ont des années durant transporté Juifs, communistes, résistants vers les trains et la mort. »
Sur le fond, il dénonce une méconnaissance du fonctionnement médical. À propos des « 100 000 opérations annulées », il corrige : « Une annulation d’opération peut tuer. Une déprogrammation se prépare et se fait en conscience. Il n’y a pas de perte de chance. »
Il pointe également des erreurs factuelles : « Quatre jours, Michel, pas trois comme vous l’écrivez. »
Jérôme Marty rejette catégoriquement l’accusation d’exil fiscal ou de fuite : « Pour vous, Michel, les exilés fiscaux annoncent donc leur exil sept mois à l’avance et organisent autour de celui-ci des conférences de presse régulières ? »
Il rappelle que le mouvement avait précisément pour but de permettre l’organisation des soins : « Le principe d’un mouvement d’arrêt d’activité médicale est de l’annoncer très en avance, précisément pour que la puissance publique s’organise. »
Sur le terme de « sécession », il oppose une définition juridique stricte : « Rien de tout cela ici. C’est un exil symbolique… de quatre jours, durant lesquels les 2 000 exilés sont restés pleinement Français. »
Enfin, il défend l’engagement des médecins et leur rôle social : « Ce sont ceux qui se lèvent la nuit pour aller auprès des malades, ceux qui sont au contact des peurs, des doutes, de la souffrance, de la mort. »
Et conclut par une interpellation directe : « Je veux croire que vous allez présenter vos excuses », appelant Michel Richard à écrire ces mots dans la prochaine édition du Point : « Je vous demande pardon. »