Le bruit à l’hôpital, une nuisance négligée

Silence, on soigne !

Omniprésent au point de ne plus être perçu, le bruit a des conséquences sur les conditions de travail des soignants. Focus sur problème qui touche à la fois les médecins et les patients.

L'Emergency Care Research Institute, un organisme américain indépendant spécialisé dans la gestion du risque en milieu de soin, liste chaque année les dix principales sources de danger liées à l’utilisation de technologies et dispositifs médicaux. En 2016, les alarmes de respirateurs de réanimation non entendues arrivent en troisième position. La cause ? Submergés par l’abondance des sonneries, les professionnels de santé finissent par développer une insensibilité aux différentes alarmes. Le bruit à l’hôpital, pas si anodin que ça ?

« Même si cela est rare, des erreurs médicales peuvent survenir lorsque le bruit ambiant à l’hôpital est trop élevé et qu’il altère la communication entre les soignants », indique Dominique François, responsable de la mission développement durable à l’ARS Nouvelle-Aquitaine. « Une ambiance sonore incessante génère des fatigues nerveuses pouvant conduire, dans certains cas, à des absentéismes », précise-t-il. Une situation peu étonnante selon le Dr Max-André Doppia, anesthésiste-réanimateur à Cæn. « Il y a dix ans, le panneau “Silence, hôpital“ suscitait implicitement le respect du silence aux environs », se souvient-il. « Aujourd’hui ce panneau a disparu. C’est assez emblématique. »

De multiples sources de bruit

Mais avant de lutter contre le bruit, encore faut-il en déterminer la source. « Le milieu ambiant est plus sonore qu’avant à cause de l’augmentation du nombre de machines », rappelle Max-André Doppia. « Le nombre de pousse-seringues en réa est passé de quasiment zéro à sept unités par patient en quinze ans. » Pour y voir plus clair, Dominique François a rédigé un guide sur l’origine et les conséquences du bruit à l’hôpital. Architecture des établissements, agencement des pièces, matériel, comportement du personnel, des visiteurs, voire du malade : autant d’éléments qui peuvent troubler le silence. C’est pourquoi Dominique François a organisé des formations sur la question courant 2015, notamment pour les soignants de Corrèze.

« Les soignants que nous avons rencontrés étaient heureux que l’ARS se penche sur cette problématique », remarque Dominique François. « Cela faisait des années qu’ils s’en plaignaient. Néanmoins, si le personnel de santé a conscience du bruit qu’il subit, il sous-estime souvent celui qu’il provoque. » Le malade, aussi, est sensible au bruit. « Lorsque le niveau sonore d’une chambre est confortable, le patient reste moins longtemps à l’hôpital », ajoute-t-il.

Aucune obligation, que des reco

Qu’en est-il de la législation ? « Le sujet a fait l’objet d’une réflexion, mais aucune instruction nationale n’a été prise par le ministère de la santé », constate Gilles Souet, ingénieur d’études sanitaires et membre du Conseil national du bruit. Dominique François mentionne toutefois un arrêté interministériel de 2003 fixant la limitation du bruit dans les établissements de santé. « Ce texte s’applique uniquement aux bâtiments neufs », regrette-t-il. De son côté, l’OMS recommande que le bruit continu d’une chambre se situe aux alentours de 30 à 35 décibels. « Dans certaines chambres, des valeurs de 40 à 70 décibels, avec des pointes à 80 décibels, ont été mesurés » note-t-il.

Heureusement, des initiatives sont en train de se déployer pour réduire le bruit dans les établissements de santé. « Des indicateurs sonores sont mis en place dans toutes les maternités du Limousin », explique Dominique François. « Nous avons constaté une baisse du niveau sonore dans ces services. » Selon lui, l’hôpital gagnerait à investir dans des équipements moins bruyants et à placer ces appareils dans une pièce dédiée. 

 

 

Source: 

Im`ene Hamchiche

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