La trappe-rêve

Critique de "Incroyable mais vrai", de Quentin Dupieux (sortie le 15 juin 2022)

Alain et Marie réalisent enfin leur rêve de couple : être propriétaires d'une belle maison. Ce qui a déclenché leur coup de coeur ? Une trappe secrète qui va les mettre face à des désirs enfouis et des perspectives infinies. Un goût de l'absurde poussé à son paroxysme chez Dupieux, qui pourtant réalise probablement son film le plus cohérent. Une histoire de fous... pas si folle!

Il paraît qu'on ne peut absolument pas raconter le ressort scénaristique essentiel - en fait, ils sont au nombre de deux, mais chut ! - sur lequel repose Incroyable mais vrai, dernière fantaisie du prolixe Quentin Dupieux. Ce ne sera cependant ni "divulgâcher" ni rabaisser le film que de dire que ce qui en fait la valeur réside justement au-delà de sa révélation initiale - qui ne manque cependant de produire son petit effet - et ne se concrétise qu'à la toute fin, voire à distance.

Face au médecin qu'ils sont venus consulter, Marie et Alain préviennent : raconter la raison de leur venue risque de les faire passer pour des fous. Et c'est effectivement vers une folie de moins en moins douce, mais avec un regard qui, lui, l'est de plus en plus, que Dupieux déroule avec efficacité et sans temps mort cette sorte de long sketch rappelant la grande période Canal, à la fois par la présence d'un Chabat impeccablement sobre, à la fois effacé et solide, et par une réalisation en mode film d'entreprise des années 90.

On reconnaît sans peine la patte Dupieux : un humour qui naît du sérieux avec lequel sont interprétées les histoires les plus absurdes, sérieux toujours perturbé par la présence de seconds rôles hauts en couleur. Ici, le second rôle en question est interprété avec truculence par un Benoît Magimel au sommet de sa forme - on ne révèlera donc pas pourquoi ni comment... En plongeant son couple ordinaire dans une situation extraordinaire, et en réveillant chez chacun une logique radicalement opposée, il apporte à son cinéma une complexité inhabituelle, teintée de cruauté et de mélancolie. On n'est pas chez Bergman, mais mine de rien la prestation que livre Léa Drucker - qui par les fantasmes de son personnage et la simplicité de son jeu offre un parfait contrepoint à la bouffonnerie de Magimel - colore notre rire d'une émotion indéfinissable mais profondément authentique. C'est cette émotion qui se fera de plus en plus précise, grâce à la résonance qu'elle trouvera chez chacun. Ce charme singulier, par-delà la bouffonnerie et la satire sociale, est bel et bien la principale surprise du film. Mais chut......

 

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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