« La réforme du second cycle doit être aboutie et optimale »

Après Clara Bonnavion, c’est au tour de Roxane Hellandsjö-Prost, 21 ans, étudiante en DFASM1 à la faculté de médecine et maïeutique de Lyon Sud, d'embrasser la présidence de l’Association Nationale des Étudiants en Médecine de France (Anemf). Les défis à venir sont de taille : réformes des études de médecine, refonte du statut de l’étudiant hospitalier, précarité, bien-être… Nous avons interrogé la nouvelle présidente sur les chantiers à venir.

What’s up Doc. Quel est votre parcours ? Comment en êtes-vous arrivée là ?

Roxanne Hellandsjö-Prost. J’ai découvert l’associatif via le tutorat de santé Lyon-Sud. Je suis devenue tutrice pour les Paces puis, j’ai découvert ma corpo : l’Association médicale des étudiants de l'unité sud-ouest (Ameuso). Mon premier congrès, c’était les Journées d'Eté de l'Anemf (JEA) de Caen en 2018. Puis je rentrée en troisième année et je suis devenue officiellement administratrice de l'Anemf pour ma corpo en septembre 2018. J’ai été élue au poste de vice-présidente en charge de la représentation étudiante. Petit à petit, j’ai commencé à m’intéresser au national et je me suis dit que cela serait bien de continuer avec l'Anemf.

WUD. Vous avez travaillé avec Clara Bonnavion. Que pensez-vous de sa présidence et de son bilan ?

R. H-P. Clara a eu une année très difficile, dans un contexte très chargé. Elle a fait le meilleur travail possible dans des conditions politiques compliquées. Le projet de loi santé a été un gros dossier qu’il a fallu gérer. Il a fallu se mobiliser sur tous les amendements coercitifs. Il y a eu aussi les réformes suivantes : la suppression du numerus clausus, la réforme du deuxième cycle… Quand le projet de loi santé est passé à l’Assemblée nationale, il y a eu un amendement pour repousser sa mise en place. Enfin, il y a eu la réforme du troisième cycle, donc cela n’a pas été facile pour Clara, mais elle s’en est bien sortie. Tout le travail qu’elle a fait au niveau de la mise en place de la réforme du premier cycle est déjà une victoire, l’enjeu sera désormais sa mise en place sur le plan local. Elle a aussi réussi à continuer le travail sur la réforme du deuxième cycle. Avec le recul, le projet de loi santé n’est pas une victoire pour nous. On a quand même cet amendement qui oblige les étudiants de troisième cycle à effectuer un stage d’au moins six mois en médecine ambulatoire, en priorité dans les zones sous-denses. On pourra parler de victoire si ce stage finit par devenir une réussite, si les étudiants s’épanouissent et sont vraiment encadrés par un maître de stage universitaire.

"Un statut d’étudiant hospitalier plus protecteur"

WUD. Clara Bonnavion, c’était aussi la présidente du bien-être, comme What’s up Doc l’affirmait dans une interview

R. H-P. Oui, c’est elle qui a lancé cette dynamique autour du bien-être. Mais aussi la grande cause 2019 de l’Anemf qui est la précarité. Nous avons lancé une grande enquête sur le sujet, mais aussi des audits dans les différentes facultés pour avoir des retours sur le respect du statut de l’étudiant dans les facultés. Clara avait comme projet d’aller au bout de cette grande cause, mais, malheureusement, en raison de l’actualité politique et du projet de loi santé, elle n’a pas pu le faire. C’est donc notre mandat qui va poursuivre ce travail. On aimerait bien publier les résultats de l’enquête à la rentrée. Et, éventuellement, faire un événement autour de cette cause précarité dans le courant du premier semestre. Il y a deux sortes de précarité pour les étudiants en médecine. Celle de leur statut d’étudiant hospitalier, car c’est une définition qui induit énormément de zones floues et qui ne nous protège pas assez. Donc, il va falloir que ce statut soit mieux appliqué sur le plan local, qu’il soit respecté dans toutes les facs. L’audit nous a montré que toutes les facs ne le respectaient pas forcément. On pourrait aussi envisager une refonte de ce statut, pour qu’il soit plus stable, et donc plus protecteur. Il y a aussi évidemment la précarité financière des étudiants. Il faudra réfléchir autour du revenu, du maintien de la bourse d’été et d’une aide au transport pour les étudiants en médecine.

"Il ne faut pas oublier qu’il y aura quand même une sélection"

WUD. Quels sont les enjeux principaux de votre mandat ?

R. H-P. En dehors de la précarité qui est la grande cause 2019, il s’agira de la réforme du premier cycle et sa bonne application sur le plan local. Nous sommes satisfaits de la suppression du numerus clausus, mais il ne faut pas oublier qu’il y aura quand même une sélection, parce que les capacités d’accueil dans les années supérieures ne sont pas extensibles. Donc il faudra accompagner les universités et les élus étudiants du mieux possible. L’autre gros enjeu, ce sera la réforme du deuxième cycle qui doit être mise en place pour la rentrée 2020. Il y a une année de report de la réforme, mais cette année de report ne doit pas être une année de pause. Il faut vraiment qu’elle soit utilisée à bon escient pour que cela débouche sur une réforme du second cycle aboutie et optimale dès sa mise en place. Nous allons aussi travailler sur l’accès aux soins. Le projet de loi santé va beaucoup mobiliser sur le sujet, ce n’est pas le moment de lâcher. Il va falloir travailler sur l’attractivité des territoires, l’accompagnement des élus étudiants pour l’ouverture de stages en périphérie… Il y a aussi les problématiques d’innovation sanitaire et sociale ou de développement durable sur lesquelles on avait commencé à travailler sous le mandat de Clara. Mais aussi les problématiques sociétales comme la lutte contre les discriminations…

"Mettre le bien-être au cœur des études"

WUD. Quid de la prévention du suicide ?

R. H-P. Le bien-être est au centre des préoccupations de l’Anemf. Notre objectif, c’est que les études de médecine soient épanouissantes pour les étudiants car il y a aujourd’hui beaucoup de mal-être. Elles sont difficiles, de la Paces à la fin l’internat, donc si on arrive à mettre le bien-être et l’épanouissement au cœur du second et du troisième cycles, si on arrive à être pédagogiquement intelligent, on arrivera à diminuer le taux d’accidents.   

WUD. Quels dossiers allez-vous surveiller de près cet été ?

R. H-P. Nous allons tout d’abord accompagner les néo-internes dans leur choix de spécialités. Il y a aura aussi cet été le début de l’analyse du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2020 sur lequel il va falloir se pencher pour bien appréhender la rentrée. Et bien sûr, la loi de bioéthique.

WUD. Donc, vous n’allez pas prendre de vacances cet été ?

R. H-P. Si, on va prendre des vacances, mais en gardant les objectifs en tête !
 

Portrait de Julien Moschetti

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