La fac de médecine de Clermont crée la polémique en accueillant un « congrès de santé intégrative »

Article Article

Naturopathie, homéopathie, réflexologie… Le 4e « congrès de santé intégrative » se tient ces 20 et 21 mars… à la faculté de médecine de Clermont Auvergne (UCA). De quoi faire bondir les experts en désinformation. 

 

La fac de médecine de Clermont crée la polémique en accueillant un « congrès de santé intégrative »

Un amphi de l'UFR de médecine © UCA 

Au programme de cet évènement parrainé par le chanteur Yannick Noah : homéopathie, naturopathie, sophrologie, réflexologie, danse thérapie ou encore fasciathérapie (dérivé de l’ostéopathie visant à agir sur les fascias, ces membranes entourant certains tissus de l’organisme, ndlr) – autant de pratiques non reconnues scientifiquement. 

Plus surprenant, l’université de Clermont Auvergne (UCA) est annoncée comme « partenaire académique de référence » du congrès, ce qui « en garantit la rigueur scientifique », peut-on lire sur la plaquette programmatique. 

La tenue de l’évènement au sein même d’une faculté de médecine, qui plus est en tant que partenaire, n’a pas manqué de faire réagir plusieurs spécialistes de la désinformation. Et ce, bien que ses promoteurs revendiquent une « approche globale de la santé » et l’articulation de ces disciplines avec la médecine conventionnelle.

Ni le lieu, ni le moment

« Une faculté de médecine et une université ne devraient propager que ce qui est scientifiquement validé » ou au minimum ce qui relève des « consensus d’experts », soit ce « qui est reconnu par la profession, les sociétés savantes, les facultés de médecine, la HAS… », rappelle à What’s up Doc le Dr Hervé Maisonneuve, médecin de santé publique. 

Ce spécialiste de la désinformation en santé avait remis en janvier, aux côtés du professeur de pharmacologie clinique Mathieu Molimard et de l’épidémiologiste et biostatisticienne Dominique Costagliola, un rapport de mission au ministère de la Santé sur le sujet. 

Sans remettre absolument en cause les « bienfaits » du yoga ou de certaines pratiques de bien-être, Hervé Maisonneuve alerte sur un phénomène d'« entrisme » dans le milieu universitaire. « Les organisateurs se servent » de la mise à disposition des locaux « comme caution scientifique », créant un risque de confusion pour le public. 

Désistements successifs

En janvier déjà, une journée au Sénat consacrée aux médecines alternatives avait provoqué une levée de boucliers chez les collectifs anti-fake news, qui dénonçaient « la promotion et la légitimation de pseudos médecine » par les institutions. 

Et ce alors même que le gouvernement avait présenté, peu de temps avant, les grandes lignes de la stratégie de riposte contre la désinformation en santé, inspirée du rapport commandé aux trois experts.

Selon l’Express, le doyen de la faculté de médecine et le président de l’UCA, initialement prévus pour ouvrir le congrès, ont finalement, l'un après l'autre, renoncé à intervenir. La plaquette du programme a d’ailleurs évolué entre temps. 

Même retrait du côté de Virginie Guastella, professeure à l'UCA et cheffe de service de soins palliatifs du CHU de Clermont, annoncée au départ parmi les intervenants. Elle se serait désistée voilà « déjà trois semaines », sans en préciser la raison à l’hebdomadaire. 

Contactée à ce sujet, l’Université Clermont Auvergne a indiqué à What's up Doc que « ni (le doyen de la faculté) ni (le président) n'ont prononcé de mot d'accueil à l'ouverture du congrès », ce vendredi après midi. Et de préciser que « si un tel accueil avait été envisagé au départ pour des raisons d'ordre protocolaire, il a été jugé préférable de l'annuler pour éviter d'exposer l'établissement ». 

Contrairement à ce qui est indiqué sur la plaquette, l'UCA assure qu'elle « n'est pas la caution scientifique de l'évènement : elle met à disposition, à titre onéreux, un de ses amphithéâtres. Si des professeurs de médecine y participent, c'est à titre individuel et non en tant que représentants de l'établissement ».

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/dr-herve-maisonneuve-les-deserts-medicaux-sont-un-veritable-terreau-fertile-pour-la

Quant au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, il n'a pas répondu dans l'immédiat. Selon nos informations, il n’aurait pas souhaité s'immiscer dans le dossier, bien qu'ayant été informé. 

Aucun commentaire

Les gros dossiers

+ De gros dossiers