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« On choisit ses copains, mais rarement sa famille », chantait Renaud il y a quelques décennies. Toujours est-il qu’en matière de choix de spécialités médicales, certaines décisions sont tout de même assez contraintes. Si vous êtes attiré par la médecine d’urgence, par exemple, mieux vaut avoir quelques atomes crochus avec l’univers hospitalier. Et si vous envisagez la chirurgie esthétique, les choses seront plus faciles pour vous si vous avez quelque appétence pour la gestion d’une entreprise libérale. Certes…
Mais si la question ne se posait pas tout à fait en ces termes ? Si le choix d’une spécialité était aussi – au moins en partie, et peut-être dans certains cas avant tout – le choix du secteur d’activité dans lequel elle s’exerce généralement ? L’hypothèse vaut la peine d’être explorée.
Pour commencer, jetons un coup d’œil sur le classement des spécialités médicales. Ce qui saute aux yeux à la lecture de ce palmarès à partir des choix des internes les mieux classés à l’issue du concours, c’est qu’on retrouve dans le top 5 : la chirurgie plastique et l’ophtalmologie, deux disciplines à dominante libérale qui se trouvent par ailleurs être, entre autres avantages, parmi les plus rémunératrices.
Bien sûr, rien ne prouve que le secteur d’activité soit l’un des principaux facteurs orientant les futurs praticiens vers ces spécialités. Par ailleurs, des contre-exemples, en dehors de la médecine générale qui est naturellement à part, sont à signaler : la médecine vasculaire est ainsi la spécialité la plus libérale, alors qu’elle n’est que 26e du classement des spécialités les plus choisies par les internes. Mais à défaut de causalité, on peut noter une corrélation frappante.
Des spécialités hospitalières peu attractives
Cette corrélation devient encore plus notable quand on s’intéresse au classement, construit à partir des données du CNOM, des spécialités comptant le plus de praticiens salariés : les deux premières spécialités de ce classement, la médecine du travail et la santé publique, sont aussi les deux spécialités choisies par les internes les moins bien classés. Toutes les spécialités du top 5 hospitalier appartiennent par ailleurs aux dix spécialités les moins privilégiées par les internes.
Là encore, on ne saurait trop mettre l’accent sur la nuance entre corrélation et causalité. Mais on ne peut que constater que beaucoup des spécialités les plus attractives sont très généralement à dominante libérale, tandis que celles qui partent la plupart du temps en dernier sont bien souvent à dominante hospitalière.
Un facteur dans la prise de décision
Étant donné la complexité et la diversité des éléments qui entrent en compte dans le choix des spécialités, on ne peut guère aller plus loin dans la comparaison des classements. On peut en revanche se tourner vers les trajectoires des internes. Et pour eux, le constat est clair : le cadre dans lequel leur spécialité d’élection se déploie est généralement l’un des principaux facteurs ayant guidé leur décision. « J’ai choisi la médecine d’urgence en premier lieu pour le travail en équipe, c’est ce qui m’intéresse le plus dans le monde hospitalier », témoigne par exemple Éline Bourdeaud’hui, docteure junior au CH d’Arras, et dont la spécialité est la 5e spécialité la plus hospitalière d’après les données du CNOM.
« Quand j’ai choisi ma spécialité, l’important pour moi était d’avoir le choix, je voulais pouvoir exercer en libéral ou en hospitalier », indique de son côté Victoria L’Hourre, elle aussi docteure junior, mais en chirurgie orthopédique (5e spécialité la plus libérale d’après les données du CNOM), au CH de Saint-Malo. Une décision judicieuse car aujourd'hui, elle se destine plutôt au privé. « C’est un choix que j’ai fait pour de nombreuses raisons, mais la principale est que je veux être ma propre patronne », affirme-t-elle.
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Tous dans le même bateau
Reste que la réalité est loin d’opposer exercice libéral et exercice hospitalier de façon manichéenne. C’est ainsi qu’Éline Bourdeaud’hui, qui en choisissant la médecine d’urgence se dit consciente d’avoir de ce fait à affronter des réalités plutôt sombres telles que « la crise de l’hôpital » ou encore « des afflux de patients alors qu’on manque de place », estime que l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs. « Qu’on exerce en libéral ou à l’hôpital, on risque d’avoir beaucoup de malades », sourit-elle au vu de la démographie médicale qui, il est vrai, est loin de n’être alarmante qu’au sein des établissements publics.
« Je ne suis pas pour l’opposition entre les deux systèmes, je suis persuadée qu’ils sont complémentaires, c’est juste qu’il y en a un qui me correspond plus », précise de son côté Victoria L’Hourre. Et c’est peut-être cette complémentarité qui est la plus recherchée par les jeunes praticiens : toujours d’après les données du CNOM, on retrouve dans le top 10 des spécialités comptant le plus d’exercice mixte quatre des dix spécialités choisies en priorité par les internes… Histoire de ne pas claquer la porte de l’hôpital en restant ouvert sur le libéral.
Spécialités médicales comptant le plus de praticiens
installés en libéral
1. Médecine vasculaire | 60 % |
2. Chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique | 60 % |
3. Ophtalmologie | 56 % |
4. Médecine générale | 56 % |
5. Chirurgie orthopédique et traumatologique | 53 % |
Spécialités médicales comptant le plus de praticiens salariés
1. Médecine du travail | 100 % |
2. Santé publique | 99 % |
3. Médecine légale et expertises médicales | 98 % |
4. Génétique médicale | 98 % |
5. Médecine d'urgence | 96 % |
Source : CNOM, Atlas de la démographie médicale 2025, tome 2
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