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Le débat sur la réorganisation du suivi des grossesses s’intensifie. Après la publication, mi-mars, d’un rapport du Collège national des sages-femmes (CNSF), c’est au tour de l’Union française pour une médecine libre et spécialisée (UFMLS) de réagir fermement, en défendant un rôle central du gynécologue-obstétricien dans le parcours de soins.
Trois parcours selon le niveau de risque
Dans son rapport, le CNSF propose de restructurer la périnatalité autour de trois parcours distincts, « bas risque », « à risque » et « pathologique ».
Objectif affiché : mieux adapter la prise en charge au niveau de complexité des grossesses, sachant que « 80 % des grossesses relèvent du bas risque ». Dans ce cadre, les sages-femmes souhaitent assurer le suivi complet de ces grossesses physiologiques, dans des lieux variés comme les maternités, les maisons de naissance ou encore le domicile.
Les situations à risque ou pathologiques resteraient, elles, prises en charge par des équipes pluridisciplinaires incluant notamment des gynécologues-obstétriciens.
Le CNSF plaide aussi pour la généralisation de la consultation préconceptionnelle, un bilan prénatal obligatoire en début de grossesse et la désignation d’une sage-femme référente. Il propose également de renforcer le suivi postnatal sur les six premiers mois et d’accorder une place plus importante au coparent dans le parcours.
Un « parcours sans cohérence médicale » ?
Une orientation que conteste frontalement l’UFMLS. Dans un communiqué publié dans la foulée, le syndicat estime qu’un suivi sans gynécologue-obstétricien référent constituerait « un parcours sans garantie de sécurité, sans cohérence médicale et sans efficience économique ».
Pour appuyer sa position, l’UFMLS met en avant les attentes des patientes. Selon la Drees, entre 40 et 50 % des femmes consultent directement un gynécologue pour leur suivi. « Ce choix massif […] est un indicateur clair des attentes des patientes », avance le syndicat.
Il insiste également sur la différence de formation. Le gynécologue-obstétricien est formé pendant plus de treize années et peut prendre en charge des situations complexes ou évolutives, là où la formation des sages-femmes, désormais de six ans, reste centrée sur la physiologie.
Un débat sur le niveau de compétence
Au-delà de la répartition des rôles, l’UFMLS alerte sur un « glissement » du système vers un premier recours non médical, notamment avec la montée en puissance du statut de sage-femme référente.
Selon le syndicat, ce modèle pourrait entraîner des retards diagnostiques sur certaines pathologies comme l’endométriose ou l’infertilité, une multiplication des consultations et des examens et, in fine, une perte de chance pour les patientes.
Il rappelle que 60 % des décès maternels sont jugés évitables, le plus souvent en lien avec des retards de diagnostic ou des défauts de coordination. Il souligne également la hausse continue de la mortalité infantile, passée de 3,5 à 4,1 décès pour 1 000 enfants nés vivants en 2024 selon l’Insee.
Dans ce contexte, l’UFMLS estime que « aucune grossesse ne peut être considérée comme durablement 'à bas risque' ».
Une question de pilotage
Le point de tension central porte sur la coordination du parcours.
Le CNSF défend une organisation plus différenciée, avec une autonomie accrue des sages-femmes pour les grossesses physiologiques.
À l’inverse, l’UFMLS appelle à « réaffirmer un principe simple » selon lequel la complexité doit être prise en charge au niveau de compétence adapté. Le syndicat demande notamment que le gynécologue, médical ou obstétricien, soit désigné comme référent du parcours de soins, qu’il soit intégré explicitement dans le carnet de maternité, que l’accès direct aux spécialistes soit maintenu et que cessent les incitations à orienter les patientes vers les sages-femmes en première intention.
Ces prises de position interviennent alors que le gouvernement a missionné trois experts pour formuler des recommandations d’ici juin 2026, dans un contexte de dégradation des indicateurs périnataux.