Périnatalité : bras de fer entre gynécologues et sages-femmes sur le pilotage du suivi

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Après la prise de position de l’UFML en faveur d’un rôle central du gynécologue-obstétricien dans le parcours de soins des femmes, l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes (ONSSF) réagit vivement. Elle dénonce une vision « restrictive et dépassée » et défend un modèle fondé sur la complémentarité et la gradation des soins.

Périnatalité : bras de fer entre gynécologues et sages-femmes sur le pilotage du suivi

© Midjourney X What's up Doc

Mise à jour du 3 avril 2026 : « Les sages-femmes sont des professionnelles médicales à part entière et un pilier du parcours de soins »

Une « vision restrictive et dépassée » du parcours de soins

Dans un communiqué publié en réaction à la position de l’UFML, l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes (ONSSF) critique une approche jugée « restrictive et dépassée des compétences professionnelles », « en décalage avec les réalités actuelles du système de santé ».

Le syndicat rappelle que les sages-femmes sont des « professionnelles médicales à part entière », exerçant « en parfaite autonomie et pleine responsabilité le suivi des situations physiologiques ». Les présenter comme « secondaires ou périphériques » ne correspondrait ni au cadre réglementaire ni aux pratiques de terrain.

Une organisation « verticale et datée »

L’ONSSF rejette l’idée d’un professionnel unique « au centre du parcours », qu’elle associe à « une vision verticale et dépassée » du système de santé. Elle défend au contraire une organisation fondée sur la gradation des soins et la coordination entre professionnels.

Sur la sécurité des patientes, le syndicat estime qu’elle ne repose pas sur la centralisation, mais sur la pertinence des prises en charge. « Assimiler qualité et centralisation systématique méconnaît les principes de l’organisation obstétricale moderne », affirme-t-il.

Un enjeu d’accès aux soins

Dans un contexte de tensions démographiques, l’ONSSF alerte également sur les risques d’un modèle reposant principalement sur les gynécologues-obstétriciens. « Promouvoir un modèle reposant sur des professionnels déjà en tension ne fait qu’aggraver les difficultés d’accès aux soins », souligne le communiqué.

Le syndicat met en avant les données internationales, indiquant que le suivi des grossesses à bas risque par les sages-femmes n’entraîne pas de perte de chance et peut même améliorer les résultats en santé maternelle et néonatale.

Les sages-femmes, « levier central » du système

L’ONSSF insiste enfin sur le rôle structurant des sages-femmes dans le premier recours, la prévention et le suivi des grossesses physiologiques. Elles ne constituent « ni une alternative ni une variable d’ajustement, mais un levier central du système de santé ».

Sa présidente, Caroline Combot, résume la position du syndicat : « Entretenir des visions hiérarchiques dépassées ne répond ni aux besoins des femmes ni aux réalités du terrain. Les sages-femmes sont des professionnelles médicales à part entière et un pilier du parcours de soins ».


Article du 2 avril 2026

Le débat sur la réorganisation du suivi des grossesses s’intensifie. Après la publication, mi-mars, d’un rapport du Collège national des sages-femmes (CNSF), c’est au tour de l’Union française pour une médecine libre et spécialisée (UFMLS) de réagir fermement, en défendant un rôle central du gynécologue-obstétricien dans le parcours de soins.

Trois parcours selon le niveau de risque

Dans son rapport, le CNSF propose de restructurer la périnatalité autour de trois parcours distincts, « bas risque », « à risque » et « pathologique ».

Objectif affiché : mieux adapter la prise en charge au niveau de complexité des grossesses, sachant que « 80 % des grossesses relèvent du bas risque ». Dans ce cadre, les sages-femmes souhaitent assurer le suivi complet de ces grossesses physiologiques, dans des lieux variés comme les maternités, les maisons de naissance ou encore le domicile.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/les-sages-femmes-veulent-assurer-le-suivi-complet-des-grossesses-bas-risques-sans-les

Les situations à risque ou pathologiques resteraient, elles, prises en charge par des équipes pluridisciplinaires incluant notamment des gynécologues-obstétriciens.

Le CNSF plaide aussi pour la généralisation de la consultation préconceptionnelle, un bilan prénatal obligatoire en début de grossesse et la désignation d’une sage-femme référente. Il propose également de renforcer le suivi postnatal sur les six premiers mois et d’accorder une place plus importante au coparent dans le parcours.

Un « parcours sans cohérence médicale » ?

Une orientation que conteste frontalement l’UFMLS. Dans un communiqué publié dans la foulée, le syndicat estime qu’un suivi sans gynécologue-obstétricien référent constituerait « un parcours sans garantie de sécurité, sans cohérence médicale et sans efficience économique ».

Pour appuyer sa position, l’UFMLS met en avant les attentes des patientes. Selon la Drees, entre 40 et 50 % des femmes consultent directement un gynécologue pour leur suivi. « Ce choix massif […] est un indicateur clair des attentes des patientes », avance le syndicat.

Il insiste également sur la différence de formation. Le gynécologue-obstétricien est formé pendant plus de treize années et peut prendre en charge des situations complexes ou évolutives, là où la formation des sages-femmes, désormais de six ans, reste centrée sur la physiologie.

Un débat sur le niveau de compétence

Au-delà de la répartition des rôles, l’UFMLS alerte sur un « glissement » du système vers un premier recours non médical, notamment avec la montée en puissance du statut de sage-femme référente.

Selon le syndicat, ce modèle pourrait entraîner des retards diagnostiques sur certaines pathologies comme l’endométriose ou l’infertilité, une multiplication des consultations et des examens et, in fine, une perte de chance pour les patientes.

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Il rappelle que 60 % des décès maternels sont jugés évitables, le plus souvent en lien avec des retards de diagnostic ou des défauts de coordination. Il souligne également la hausse continue de la mortalité infantile, passée de 3,5 à 4,1 décès pour 1 000 enfants nés vivants en 2024 selon l’Insee.

Dans ce contexte, l’UFMLS estime que « aucune grossesse ne peut être considérée comme durablement 'à bas risque' ».

Une question de pilotage

Le point de tension central porte sur la coordination du parcours.

Le CNSF défend une organisation plus différenciée, avec une autonomie accrue des sages-femmes pour les grossesses physiologiques.

À l’inverse, l’UFMLS appelle à « réaffirmer un principe simple » selon lequel la complexité doit être prise en charge au niveau de compétence adapté. Le syndicat demande notamment que le gynécologue, médical ou obstétricien, soit désigné comme référent du parcours de soins, qu’il soit intégré explicitement dans le carnet de maternité, que l’accès direct aux spécialistes soit maintenu et que cessent les incitations à orienter les patientes vers les sages-femmes en première intention.

Ces prises de position interviennent alors que le gouvernement a missionné trois experts pour formuler des recommandations d’ici juin 2026, dans un contexte de dégradation des indicateurs périnataux.

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