« Jusqu’en 2017, la dialyse péritonéale était absente en Guyane »

Le Dr Jean-Marc Dueymes, néphrologue, a participé au développement de la dialyse en Guyane. En 2017, il a permis à la dialyse péritonéale d’arriver (enfin) dans la région...

What's up Doc. Qu’est-ce qui vous a amené en Guyane ?

Jean-Marc Dueymes. La Guyane est l’une des régions françaises ayant le plus de retard en néphrologie. Il n’y a pas si longtemps, il n’y avait que deux néphrologues pour l’ensemble du territoire dont la superficie équivaut à 2 fois celle de la Bretagne. Jusqu’à il y a quelques mois, il n’y avait que deux centres de dialyse sur le territoire situés à Cayenne. Donc tous les patients insuffisants chroniques, qu’ils soient de Papaïchton, Maripasoula, Saint-Georges ou Saint-Laurent-du-Maroni, devaient faire au minimum 500 km (pour les plus chanceux), soit 6 heures de route, 3 fois par semaine, pour être dialysés et maintenus en vie. Alors, quand j’ai appris que la Guyane avait besoin de néphrologues, j’ai demandé ma mutation. Je suis arrivé en septembre 2014 en tant que chef de service au CH de Cayenne.

 

WUD. Qu’est-ce qui fait la particularité de l’exercice néphrologique en Guyane ?

J.-M. D. Nous avons dans la région des maladies très particulières qu’on ne voit nulle part ailleurs en France : des insuffisances rénales aigües provoquées par des morsures de serpent, des cas de paludisme, de lèpre, de leishmaniose, des maladies lupiques, des HIVAN (des néphropathies liées au VIH). C’est très excitant sur le plan intellectuel.


WUD. Comment avez-vous développé la dialyse dans la région ?

J.-M. D. Il y a deux ans, j’ai déposé à une demande d’autorisation d’ouverture d’un centre de dialyse à Saint-Laurent-du-Maroni. Pour qu’elle puisse être acceptée, il a fallu répondre aux normes, notamment à celles sur la qualité de l’eau (ce qui n’a pas été évident avec l’orpaillage), de la présence de néphrologues et de la formation du personnel. Il nous a fallu beaucoup de temps pour y parvenir, mais finalement, le centre a ouvert le 28 janvier dernier. Nous sommes 3 - 4 néphrologues qualifiés à nous relayer entre Cayenne et Saint-Laurent-du-Maroni. Nous dialysons 40 patients et sommes déjà saturés.

Le centre a ouvert le 28 janvier dernier

WUD. Quid de la dialyse péritonéale ?

J.-M. D. Avec l’ARS, nous avons organisé des réunions territoriales avec les 3 hôpitaux de la région et avons formalisé la création d’une fédération inter hospitalière de néphrologie territoriale dont je suis responsable. C’est une première en France. Il y a un cadre juridique. Il s’agit de mettre en commun nos moyens afin de prendre en charge les patients dialysés et leur proposer une offre de soins correspondant à leurs attentes. Dans les projets de cette fédération s’inscrit le développement de la dialyse péritonéale en Guyane. Inexistante jusqu’alors, j’ai demandé à l’ARS l’autorisation de la lancer en 2017. La première personne à avoir pu en bénéficier fut une femme de 40 ans habitant Papaïchton. Tout le nécessaire a été ravitaillé par pirogue. Ce fut une révolution telle que la photo du matériel descendant le fleuve Maroni a fait le tour du monde. Depuis, nous avons eu un 2e patient, à Apatou, puis 2 autres. 

WUD. Aujourd’hui, de quoi avez-vous besoin pour poursuivre le développement de la néphrologie ici ?

J.-M. D. La prochaine étape est de développer la transplantation rénale sur le territoire, notamment à partir de donneurs vivants. C’est impératif ! Nous avons la population de dialysés la plus jeune de France. Il faut pouvoir transplanter ces patients-là. Il faudrait que nous trouvions des néphrologues intéressés par ce projet. À 3-4 néphrologues, il est impossible de tout faire. Pour développer la dialyse péritonéale et la transplantation rénale en Guyane, il nous faut de l’aide.
 

Salaires majorés, congés bonifiés et autres avantages...
Travailler en Guyane présente des avantages non négligeables. La loi du 3 avril 1950 prévoit pour les fonctionnaires travaillant en Guyane une majoration des salaires de 40%. À cette hausse des rémunérations s’ajoute une réduction de 40 % de l'impôt sur le revenu. En outre, un congé dit « bonifié » s'ajoute aux repos annuels et offre aux fonctionnaires originaires de métropole, et exerçant en Guyane, la possibilité d'effectuer périodiquement un séjour dans leur département d'origine. Ainsi, tous les trois ans, l'agent a droit à un congé supplémentaire de 30 jours avec une prise en charge par son employeur de ses frais de voyage (pour lui et sa famille) et d'une indemnité de « vie chère ».

Article réalisé avec l'agence régionale de santé Guyane. 
Portrait de Gwen Hight

Vous aimerez aussi

Une fois n’est pas coutume, le SML et la CSMF partagent des inquiétudes similaires sur le projet de réforme des retraites. Si les deux syndicats se...
Une formation diplômante est désormais obligatoire pour exercer la profession d’assistant de régulation médicale (ARM), afin de renforcer la qualité...
Le tout nouveau Centre national d’appui (CNA) a été lancé hier par le gouvernement pour favoriser une meilleure qualité de vie des étudiants en santé...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.