Joutes verbales entre VIP sous les ors de la République

Petit tour aux « Rencontres capitales » de l’Académie des sciences

Le week-end dernier se tenaient les rencontres capitales de l’Académie des sciences. Un aréopage de sommités y a échangé sur le thème du progrès. Contrairement à ce que l'on pouvait craindre, cela ressemblait plus à un battle de MCs qu'à un débat soporifique chez Les Républicains.

« Pas de rupture sans progrès », « Allongement de la vie, génétique, biologie : quels progrès pour l’humain ? » ou encore «  Quels progrès pour un monde meilleur ? »… De quoi vous rappeler le bac philo ? Ce sont les sujets débattus par les personnalités invitées par l'Académie des sciences lors de ses Rencontres capitales le week-end dernier. L’objet des débats était plutôt vaste, et c’est la qualité des participants qui en a fait le sel. De Luc Ferry à Odile Jacob, en passant par David Foenkinos, Claudie Haigneré, Boris Cyrulnik ou encore Mazarine Pingeot, l’idée était de confronter les spécialités, les points de vue… Et les égos !

Régime "paléo" vs. lendemains qui déchantent

La joute verbale entre Yves Coppens, le paléontologue qui a découvert Lucy, et Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, fut ainsi savoureuse. Le premier, fort de sa perspective sur l’évolution humaine (« les gens, je les connais depuis 3 milliards d’années »), se fait le chantre du progrès et de l’amélioration des conditions de vie humaines, et n’est jamais à court de punchlines. « Si j’avais suivi le régime "paléo", je serais mort à 40 ans ! », ironise-t-il.

Jean-Hervé Lorenzi fait au contraire un diagnostic beaucoup plus réservé. Il évoque notamment les similitudes entre les dernières élections et les systèmes sociaux à bout de souffle qui ont accouché des plus sombres heures de l’Histoire. Le progrès ne serait donc pas une promenade de santé…

Et quid de la santé ? « Les innovations sont clairement plus du côté des soins que des médicaments », explique Corinne Grenier, professeure et chercheuse en stratégie dans le champ social et médical. Elle non plus de voit pas que des lendemains qui chantent dans la situation actuelle. « Le progrès en santé doit être long et progressif, actuellement on assiste malheureusement à un accroissement des inégalités », déplore-t-elle.

Transhumanisme : je t'aime, moi non plus

Sous la coupole tricentenaire de l’Académie, l’autre temps fort a été le débat sur le transhumanisme. Face à un Luc Ferry débonnaire (« avec l’âge, les raideurs se déplacent »), fasciné par la médecine de l’augmentation et la thérapie génique, le Pr Arnold Munnich, pédiatre, généticien et président de l’Institut Imagine Necker, se montre plus terre à terre.

« La thérapie génique est encore loin de la clinique de tous les jours », prévient-il. « C’est une idée séduisante pour faire vendre des livres, mais on est loin de la modestie des médecins ». Rappelons qu'il avait en face de lui un philosophe dont le dernier livre s'appelle « La révolution transhumaniste : comment la technomédecine et l'ubérisation du monde vont bouleverser nos vies »…

Les deux journées auront certes parfois ressemblé à un concours d’éloquence, mais celui-ci était d'une qualité plutôt rare et a suscité un réel intérêt : les débats se sont joués à guichet fermé. Et heureusement, l’Académie sait vivre avec son temps, puisque l’ensemble des débats est à retrouver ici.

Source: 

Jean-Victor Blanc

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