Internes corvéables à merci : l'Isnar-IMG demande des sanctions contre les établissements

L’Isnar IMG prône la méthode forte pour faire respecter les mesures règlementaires protectrices du repos des internes de médecine générale insuffisamment appliquées.

Pas de repos pour les internes de MG

Un interne sur 2 de médecine générale dépasse le temps de travail hebdomadaire règlementaire1 (dont 4 % font plus de 80 heures/semaine – soit par extrapolation 500 sur les 12000 internes français) révèle l’étude2 de l’Isnar-IMG (Intersyndicale autonome représentative des Internes de médecine générale) rendue publique lors de son congrès annuel à Tours des 15 et 16 février. Pire encore, 26 % des internes se voient refuser leur récupération du temps supplémentaire effectué, près de 57% déclarent de pas avoir perçus la compensation spécifique et seuls 51 % réalisent un tableau de service. Sans surprise, les stages en ambulatoire permettent bien plus largement le respect des temps de travail que les hospitaliers (85% contre 35%) et les service de médecine d’urgence et de médecine adulte sont les plus pourvoyeurs de dépassement horaire.
 
Un pouvoir de sanction trop limité
Les internes sont donc trop souvent considérés « comme uniquement des effecteurs de soins, indispensables au bon fonctionnement des hôpitaux », lesquels abusent largement du système, pointe l’Isnar-IMG. Pour expliquer ce constat souvent évoqué, notamment dans l’enquête de 2017 sur la santé mentale des internes, Pieter Prats, porte-parole de l’intersyndicale, évoque notamment la responsabilité des supérieurs, issus d’une génération de médecins ayant connu des conditions de travail peu réglementées : nombre excessif d’heures, absence de repos de sécurité obligatoire après une garde : « pour cette génération, l’idée que la médecine ne peut s’apprendre qu’à la dure semble parfois ancrée ».
Quels leviers pour infléchir la tendance ? L’Isnar prône la méthode forte et les sanctions. Chaque semestre, des commissions de révision d’agrément, organisées suite aux remontées du terrain et réunissant ARS et syndicats d’associations étudiantes, prennent des décisions de fermeture de stage. Une méthode cependant « lente et peu fluide » quand « des sanctions financières seraient plus efficaces » projette Pieter Prats qui rappelle que « nous avons les moyens de faire sortir les internes des stages problématiques et de sanctionner les établissements mais que devant les problématiques de démographie médicale dans certains services, certaines instances sont réticentes à ces retraits d’agrément, malgré le danger encouru par l’interne et les patients ».  Des contradictions sans doute encore renforcées par la nouvelle maquette qui impose tel stage à tel moment.  Lors de son intervention au congrès samedi 16, Agnès Buzyn n’a pas annoncé de mesures de renforcement des sanctions, ni, regrette l’Isnar de moyens supplémentaires alloués à  la prévention des risques psycho-sociaux comme le Centre national d’appui, resté pour l’heure au stade d’annonce.
 
1 Soit 48 heures/semaine, ou 8 demi journées de présence/semaine. 
2 Portant sur 943 internes à propos de leur semestre d’été 2018. Les 2/3 étaient en stage hospitalier.
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Portrait de Isabelle Guardiola

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