Internat et alcool : les liaisons dangereuses

Étudiants + responsabilités = danger

Une enquête menée par la mission Fides pointe le risque lié à la consommation d’alcool chez les internes. Les pressions et le rythme de travail en font une population à risque.

Les internes sont une population qui est informée sur les conduites à risques et sur la prévention, qui a accès aux soins, mais pour laquelle la consommation est identique à celle du reste de la population française, avec un risque supplémentaire. C’est ce que suggère une enquête réalisée par la Mission Fides, organisme chargé de la prévention des addictions pour le personnel de l’AP-HP, présentée le 17 mai lors de la journée de prévention des conduites addictives en milieux professionnels.

D’après les résultats, 10,8 % des internes auraient besoin d’une intervention brève, et 0,5 % d’une intervention spécialisée sur leur consommation. Et plus ils avancent dans les années d’internat, plus ces chiffres augmentent : ils doublent entre la première et les suivantes.

Craving

L’enquête a été menée auprès des 5 800 internes d’Ile-de-France via un auto-questionnaire. Plus de 4 000 ont répondu. Ils ont en moyenne entre 27 et 28 ans, et sont des femmes à 59 %. Les résultats ont été interprétés grâce à l’échelle Assist.

Autre résultat inquiétant : près de 23 % des internes qui ont répondu déclarent avoir déjà ressenti au moins une fois un besoin de consommer de l’alcool. Pour 8 %, c’est même un besoin hebdomadaire. « Ce craving ne signifie pas forcément une dépendance, mais reflète une souffrance, une perte de contrôle et un besoin de s'échapper avec l’alcool », souligne le Dr Geneviève Lafaye, psychiatre pour la mission Fides, qui a présenté l’étude.

"À surveiller"

Les internes sont une population sociologiquement très particulière. Ce sont encore des étudiants, qui gardent des comportements liés à ce statut : ils font la fête et consomment de l’alcool. Mais en même temps, ils sont soumis à de fortes charges de travail à l’hôpital, et à des responsabilités importantes, explique la coordinatrice de la mission, Isabelle Chavignaud. « La bonne nouvelle, c'est que les taux de consommation d'alcool et de cannabis sont comparables à ceux de la population générale relevée par le baromètre de l’OFDT », commente-t-elle. « Mais la mauvaise, c’est que les internes sont plus fréquemment anxieux ou déprimés ».

Le taux de trouble anxieux est environ trois fois supérieur à celui de la population générale, ce qui aggrave le risque. « Il ressort de manière significative que plus on est anxieux, plus on consomme de l’alcool », ajoute le Dr Lafaye. L’état des lieux fourni par l’enquête est donc « particulièrement inquiétant pour la suite. Cette population est à surveiller ».

La sous-population d’internes la plus exposée : les hommes célibataires aux semaines de plus de 60 heures, et qui enchaînent six gardes mensuelles, ou plus.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

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