Indépendance des facs vis-à-vis de l’industrie : continuez, ça vient !

Scène de l'orgasme, dans "Harry rencontre Sally"
Encore un effort.

L’association Formindep vient de publier la deuxième édition de son classement des facs de médecine du point de vue de l’indépendance avec l’industrie. Depuis l’instauration d’une charte éthique par les doyens fin 2017, il y a clairement du mieux. Mais le septième ciel est encore loin…
 

Comme on se retrouve ! En 2017, l’association Formindep avait dressé un classement des facs en fonction de leurs velléités de faire chambre à part avec l’industrie. Avec un constat décevant : seules trois d’entre elles avaient daigné répondre. Mais l’initiative semble avoir porté ses fruits puisque, coïncidence ou non, les doyens se sont lancés quelques mois plus tard dans l’élaboration d’une charte éthique très alléchante.

Chassez le Formindep par la porte, il revient par la fenêtre. Car signer une charte c’est bien, mais l’appliquer c’est mieux. « En deux ans, il s’est passé beaucoup de choses avec la charte des doyens », reconnaît Paul Scheffer, membre de l’association et cheville ouvrière du projet. « On passe à l’étape suivante, en mesurant ce qui se passe sur le terrain avec les étudiants. » Le recueil de données a bénéficié du soutien sans faille des syndicats de jeunes médecins (Anemf, Isnar-IMG, SRP-IMG).

Viens, on est bien

Verdict ? De bonnes initiatives, mais encore du pain sur la planche ! Sur les 18 critères établis – signature de la charte, mise en place d’un référent à l’intégrité scientifique et d’une commission de déontologie, cours sur l’esprit critique à chaque cycle, refus des cadeaux d’industriels… –, une seule fac a obtenu la moyenne. On salue les Tourangeaux (20 points sur 36). Les facs de Lyon-Est (15 pts), Nice (14 pts) et Toulouse Rangueil (14 pts) s’en sortent également avec la mention honorable.

« Tours a mis en place une plateforme pour accueillir les déclarations publiques d’intérêts de tous les enseignants, et le doyen a rappelé aux internes qu’ils n’étaient pas obligés d’assister aux staffs labo à l’hôpital », se réjouit Paul Scheffer. Autres bons points : Tours et Toulouse Rangueil publient le rapport de leur commission d’éthique et de déontologie. Quant à Lyon-Est, elle pousse le zèle jusqu’à n’accepter aucun financement industriel – pas même la taxe d’apprentissage.

L’utilisation de la dénomination commune internationale (DCI) des médicaments, en lieu et place des nomes commerciaux, est aussi sur la bonne voie : 25 facs, sur un total de 37, s’y emploient. (La prescription en DCI est en principe obligatoire depuis 2015).

L’extension du domaine de la lutte

Mais tout n’est pas rose au pays de la blouse blanche. À commencer par les facs qui n’ont même pas adopté la charte, comme Montpellier et Poitiers. « Le gros problème, ce sont les industriels qui siègent au conseil de l’université », estime Paul Scheffer. Et c’est ainsi que Boiron et Mérieux siègent au conseil de faculté de Lyon-Sud, et Pierre Fabre à celui de Toulouse-Purpan. « Ils ne sont pas là par hasard ! »

Beaucoup de facultés n’ont pas répondu aux sollicitations de l’association, la conférence des doyens entendant sans doute garder la main sur le dossier. Il faut dire que les coups de boutoir des incorruptibles façon Formindep – Paul Scheffer est aussi rédacteur à Prescrire – ne vont pas sans susciter quelques irritations. Une question de génération ?

On pourrait aussi avancer que l’influence des labos est surtout palpable dans les services hospitaliers, à coups de staffs labo et de partenariats de recherche clinique. Qu’on se rassure : un classement Formindep des CHU est prévu d’ici quelques semaines. Et pour les sociétés savantes, cajolées à grands jets d’euros industriels ? « C’est en travail », répond Paul Scheffer. On sent que ça vient.
 
 

Source: 

Le classement Formindep des facs en 2018 est disponible à cette adresse.

Portrait de Yvan Pandelé

 

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