"Il y a en France un manque de culture en soins primaires"

La loi de programmation pluri-annuelle de la recherche (LPPR) ne fait pas que des heureux. Son article 23, en particulier, comme nous le révélions à la fin du mois de juin, a fait grincer des dents les acteurs des soins primaires. Le Dr Stéphane Munck, représentant du collège des jeunes universitaires au sein de ReAGJIR, nous explique pourquoi ce projet de loi désespère les acteurs de la recherche en soins primaires. 

What's Up Doc. Pourquoi êtes-vous opposé au projet de loi plurinannuel sur la recherche ? 

Dr Stéphane Munck. C’est plus spécifiquement l’article 23 de ce projet de loi qui nous chagrine. C’est le seul article qui parle de recherche en santé. De prime abord, il a été conçu sans concertation avec les principaux intéressés, à savoir les chercheurs en soins primaires. Deuxième problème : dans cet article de loi, la recherche en soins primaire reste sous la coupe des centres hospitalo-universitaires, puisque ce sont les CHU qui sont désignés pour poursuivre le pilotage des projets de recherche, dont ceux en soins primaires. Par définition les soins primaires ne sont pas des soins hospitaliers, et encore moins hospitalo-universitaires, donc c’est très problématique. Qui plus est, tout cela reste très vague, il n’y a aucun financement dédié. 

WUD. À qui voudriez-vous que soit confiée la recherche en soins primaires ? 

Dr S. M. Cela peut être assuré par des universités mais aussi par des laboratoires de recherche en soins primaires. Cela peut être aussi assuré par des maisons de santé pluri-professionnelles universitaires. Le but n’est pas de faire une scission avec le CHU mais de travailler de concert avec eux. Quand il s’agit de soins tertiaires il nous semble logique que le CHU pilote la recherche, mais pour la recherche en soins primaires, il semble évident qu’elle doit être coordonnée par ceux qui font des soins primaires. C’est comme si l’on demandait à ce que la recherche en réanimation soit assurée par des spécialistes du soin primaire, cela serait aberrant. 

WUD. Avez-vous réussi à vous faire entendre des ministres de tutelle, qu’il s’agisse du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche ou encore du ministère de la Santé ? 

Dr S. M. Nous avons communiqué, nous avons été entendus c’est sûr, écoutés, ça l’est un peu moins. Qui plus est, avec le remaniement, cela rebat les cartes, mais nous ne pouvons pas laisser cela en place, c’est sûr. 

WUD. Quel est l’état des lieux de la recherche en médecine générale actuellement ? 

Dr S. M. Il y a actuellement une grande appétence pour la recherche en soins primaires, il y a des réseaux qui se coordonnent, qui se structurent, des maisons de santé sont porteuses de projets importants… Au niveau de la formation initiale, on développe de plus en plus de parcours recherche, nos internes doivent produire de plus en plus de thèses orientées vers la recherche. Point faible :  nous manquons de moyens, financiers, notamment. Il y a très peu de projets de recherche qui sont actuellement validés. Les jurys des gros appels à projet nationaux proviennent exclusivement du CHU. Ils n’ont aucune expertise pour les soins primaires donc il leur est très difficile de défendre des dossiers. Il y a en France un manque de culture en soins primaires, d’où, d’ailleurs, ce projet de loi. Il manque aussi une certaine volonté politique : il suffirait de dire, dans le projet de loi, que la recherche en soins primaire doit être pilotée en bonne intelligence par les acteurs du soin primaire en accord avec le CHU pour que les choses aillent mieux. 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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