Hollywood au service de la médecine ?

Pour rendre la simulation plus vraie que nature, une boîte de production américaine a développé une combinaison d'entraînement hyper-réaliste destinée à être portée par un véritable acteur en chair et en os. La "Cut suit" (c'est son nom), est presque vivante. On peut l'inciser, la suturer, et ca saigne ! Elle permet de réaliser une foule de gestes techniques à faire pâlir d'envie un mannequin Simman.

La simulation, c’est un peu comme jouer dans un film. Ce qui en fait l’intensité ? La qualité de l’intrigue, du jeu des acteurs et… des effets spéciaux ! Et qui de mieux placé pour fabriquer un costume reproduisant les organes humains blessés qu’un studio de cinéma ?

Tout a commencé après le 11 septembre, et la prise de conscience qu’il fallait entraîner les personnes intervenant sur les lieux d’accidents à grande échelle. Le studio de Stu Segall (à ne pas confondre avec Steven…) a ainsi créé Strategic Operations, branche destinée à réaliser des décors, des costumes et à fournir des acteurs pour entraîner les médecins et paramédicaux. Une de leurs créations est la combinaison Cut Suit, faite de caoutchouc et reliée à une pompe pour produire un saignement actif.

Ce costume hyper-réaliste est porté par un acteur, dont les cris de douleur augmentent la tension créée par la vue des organes et le saignement abondant.  La Cut Suit permet de mettre en scène un nombre impressionnant de situations : hémorragie d’un membre avec pose d’un tourniquet, compression interne, ligature artérielle ; cricothyroïdotomie chirurgicale ; drainage thoracique ; exploration intrathoracique et intra-abdominale avec contrôle d’une hémorragie ; résection et anastomose intestinale… « Virtuellement, toutes les procédures de prise en charge des urgences vitales peuvent être réalisées sur ce costume » annoncent ses concepteurs.

Il se décline en deux versions, l’une consacrée à la traumatologie chirurgicale, l’autre au secourisme en situation de combat. Divers éléments peuvent être ajoutés au costume, et le maquillage des acteurs est adapté à la situation. Par exemple, le sergent-chef Tinamarie Reese, médecin militaire, a déjà rempli les intestins de caoutchouc de vers de terre vivants pour mimer une parasitose intestinale. « J’aime bien voir les réactions des docs quand ils coupent dans les organes et qu’il y a différents matériaux et odeurs à l’intérieur ! » (sic)

Les scénarios vont de la plaie par arme blanche à l’explosion de grande envergure, et le studio peut recréer tout l’environnement : acteurs parlant en langues étrangères, bâtiments géographiquement identifiables, bateaux, armes et explosions… Les demandes de formation sont le plus souvent faites par des militaires ou des organismes gouvernementaux. Pourquoi d’aussi gros moyens ? Car plus la simulation est réaliste, immersive et interactive, plus la personne entraînée habitue son esprit et son corps à gérer des situations stressantes.

Ces combinaisons ne sont pas encore disponibles en France, et aucune des personnes contactées dans le milieu de la simulation ne les a testées. Mais cela ne saurait tarder car l’entreprise CAE Healthcare a signé un accord pour leur distribution en dehors des USA. See you soon…

UNE CHIRURGIE SUR MANNEQUIN : IMPOSSIBLE DITES-VOUS ?

Encore plus réaliste, mais moins vivant, le mannequin corps entier SynDaver permet de s’entraîner à n’importe quelle opération chirurgicale, grâce à ses différentes pièces formant un puzzle humain géant d’os, muscles, vaisseaux, et peau. L’impétrant peut ainsi réaliser une chirurgie par voie cœlioscopique, une craniotomie, mais aussi des procédures intravasculaires : endartériectomie, pose de stent coronaire et même de voie centrale avec contrôle échographique.

Une pompe assure une circulation sanguine artificielle dans les vaisseaux, et les poumons peuvent être ventilés, reproduisant les mouvements respiratoires au cours de la chirurgie. Ses tissus synthétiques offrent une ressemblance frappante dans les moindres détails avec les tissus humains,  en dehors du toucher fin. Une façon donc d’apprendre l’anatomie plus agréablement que par les dissections, et de manière plus « tactile » qu’en réalité virtuelle. C’est d’ailleurs un des arguments  de vente de ce mannequin : il peut avantageusement remplacer un cadavre, car il dure beaucoup plus longtemps… (et sans mentionner l’odeur !)

Portrait de Sarah Balfagon
article du WUD 23

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