Faut-il encadrer la naturopathie ?

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Faut-il réglementer la naturopathie ? Les débats sur cette discipline très contestée ressurgissent, alors que deux personnes, se revendiquant « naturopathes », ont été mises en examen la semaine dernière soupçonnées d’être impliquées dans le décès de plusieurs personnes. Aussi, de nombreux professionnels appellent à un meilleur encadrement de la pratique.

Faut-il encadrer la naturopathie ?

© IStock 

Eric Gandon, se présentant comme « naturopathe », et son fils, ont été mis en examen le 13 janvier dernier, à la suite de plusieurs morts survenues après des « cures hydriques » organisées par les deux hommes. Un fait divers qui relance le débat sur la naturopathie, considérée comme une pseudomédecine, et fréquemment épinglée par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

Probablement conscient dans ce contexte de la nécessité de soigner l’image de sa discipline, Jérôme Poiraud, naturopathe et président de l’Organisation de la médecine naturelle et de l’éducation sanitaire (Omnes), appelle l’État à encadrer la profession pour « faire le ménage » et écarter les charlatans.

« N’importe qui peut se déclarer naturopathe »

En France, la naturopathie n’est pas une profession réglementée. Si certains considèrent qu’un encadrement législatif ne devrait pas être nécessaire pour une discipline pseudoscientifique, Jérôme Poiraud rétorque que l’État a pourtant réglementé l’ostéopathie en 2012. « Aujourd’hui, n’importe qui peut se déclarer naturopathe, simplement après avoir ouvert un livre. Forcément, cela ouvre la voie à des dérives ».

L’Omnes délivre des agréments à des écoles de naturopathie et propose des formations continues, afin que l’exercice de la profession « ne se fasse pas sans connaissances [médicales] ni bases légales », ajoute son président. « On ne parle d’ailleurs pas de médecine alternative ni même de médecine douce, mais d’approche complémentaire ou non conventionnelle ».

Même son de cloche du côté du Syndicat des professionnels de la naturopathie (SPN), qui a également invité l’État à réglementer la profession dans un communiqué publié le 13 janvier. « Il y a du ménage à faire, c’est évident. Nous avons déjà alerté sur des organismes de formation qui ne sont pas assez exemplaires sur l’éthique de notre métier », a indiqué Alexandra Attalauziti, présidente du SPN. « Nous voulons réguler, organiser, écrémer, c’est une urgence. Nous devons travailler de concert avec les autorités compétentes pour que la naturopathie soit reconnue comme une pratique de la prévention, complémentaire à notre médecine ».

Mais plusieurs voix s’élèvent contre toute réglementation, émanant notamment de syndicats de médecins.

« Je ne vois pas comment évaluer le sérieux dans un secteur qui n’accepte pas le principe de la preuve scientifique »

Jérôme Marty, président de l’UFML-Syndicat (Union française pour une médecine libre), est fermement opposé à tout encadrement de la naturopathie, affirmant qu’« il n’y a pas lieu de réglementer une profession qui n’en est pas une ». Et d’ajouter : « que ces personnes qui exercent une activité commerciale investissent le champ du bien-être, on ne peut l’empêcher. Mais la priorité est de contrer les tentatives d’immixtion dans le domaine de la santé ».

Le médecin estime que la réglementation ne permettrait pas, dans tous les cas, d’écarter les charlatans : « je ne vois pas comment évaluer le sérieux dans un secteur qui n’accepte pas le principe de la preuve scientifique ». « Pour nous, la priorité est que l’État se mobilise contre la confusion. Il faudrait commencer par interdire légalement toute utilisation du mot soin ou santé par ceux qui ne sont pas des professionnels reconnus », ajoute Jérôme Marty.

L’année dernière, plusieurs médecins et syndicats s’étaient d’ailleurs mobilisés pour limiter l’accès du portail Doctolib afin d’exclure la présence de naturopathes, dont beaucoup se revendiquaient des méthodes extrêmement contestées d’Irène Grosjean et de Thierry Casasnovas. Le site avait accepté, de répondre à ces demandes.

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Côté pouvoirs publics, la secrétaire d’État à la Citoyenneté Sonia Backès a indiqué, après l’annonce de la mise en examen d’Eric Gandon, qu’il était « indispensable que les Français soient mieux informés sur les risques importants […] pour leur santé lorsqu’ils participent à ce genre de stages encadrés par des charlatans ». La secrétaire d’État a ajouté que des assises seront organisées au printemps prochain pour donner à l’État « les moyens de lutter contre ces nouvelles formes de dérives sectaires ».

Raphaël Lichten

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