F*** you, F*** you very very very much

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La semaine dernière, notre président Emmanuel Macron exprimait une « envie », celle d’ « emmerder les non-vaccinés »*. S’en est suivi un débat sur les mots employés, sur ce qu’ils disaient de l’émetteur, candidat ou président... S’en sont suivis aussi des déclarations sur le fond pour justifier la première, l’argumentaire recourant aux soignants qui n’avaient rien demandé.

F*** you, F*** you very very very much

En écoutant et lisant diverses réactions à cette déclaration, j’ai souvent entendu comme justificatif, le fait que les non-vaccinés, eux, nous emmerdaient bien. Le bon vieux principe de la loi du Talion.

Mais plus loin que cela, l’argument fait ricochet dans les bouches de politiques mais aussi de commentateurs sur les soignants. A commencer par le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal au sortir du conseil des ministres ce 5 janvier qui a répondu : « Qui emmerde la vie de qui aujourd'hui ? Qui gâche la vie de nos soignants qui depuis deux ans sont mobilisés, sous l'eau, dans nos services de réanimation, pour sauver des patients qui aujourd'hui sont essentiellement non-vaccinés ? Ce sont ceux qui s'opposent au vaccin. »

Ces traitements des mots présidentiels n’ont cessé de faire monter de nombreuses colères et j’avais envie de vous partager la mienne.

Je ne m’attarde pas sur la technique populiste de cette déclaration, qui n’a pas manqué de faire monter le nombre de manifestants ce week-end.

 

Faire des non-vaccinés la cause de nos problèmes actuels de médecins, d'infirmiers, de l'ensemble des professionnels de santé, seraient un évitement simpliste de la problématique première.

En tant que soignants, nous sommes tous les jours « emmerdés » par un certain nombre de situations cliniques, parfois mêmes de personnes. Celui qui vient pour une rhinopharyngite à 2 heures du mat' aux urgences, celle qui prend l’avis de 3 confrères pour sa pathologie en période de tension des ressources médicales, et bien sûr celui ou celle qui vient pour un COVID sévère en l’absence de vaccination. Pour autant, nous avons à tous les accueillir et à faire de notre mieux pour eux. D’ailleurs, nous savons aussi qu’il est possible que celui de 2 heures du mat’ soit en fait en pleine crise d’angoisse (c’est moins facile à dire qu’un mal de gorge) ; qu’il est possible que celle qui voit plusieurs confrères ait déjà fait l’objet d’une erreur médicale et ait du mal à retrouver confiance. De même les non-vaccinés ne constituent pas un groupe homogène de personnes décidées à emmerder les soignants. En l’absence d’une loi rendant la vaccination obligatoire (hormis parmi nos rangs), nous avons à respecter ce qui devient le choix des individus, et pour que cela soit un choix, à nous assurer des informations dont ils disposent sur la vaccination et sur sa réalisation en pratique. Pour aller plus loin, cela comprend la lutte contre la désinformation sur la vaccination et le virus…

Pour nous, soignants, il peut être tentant de céder à l’exutoire qu’offrent ces déclarations car l’épuisement et l’usure sont là. Un bon coup de gueule en grand format, ça fait du bien... Ok. Mais nous devons rester dans nos pompes, sous nos blouses !

Faire des non-vaccinés la cause de nos problèmes actuels de médecins, d’infirmiers, de l’ensemble des professionnels de santé, seraient un évitement simpliste de la problématique première. Le système de santé va mal tant au niveau hospitalier que libéral. L’exécutif semble à court de propositions, d’aides, de stratégies à mettre à sa disposition. De tels propos désignant des coupables bien choisis pour nos difficultés actuelles pourraient constituer un choix stratégique.

Car pour être claire, et le dire « franchement » tel M. Attal, ce qui nous emmerde tous, soignants et citoyens, depuis bientôt deux ans, c’est la pandémie de Sars-Cov-2. Elle emmerde les soignants car elle mobilise beaucoup de nos moyens, de notre énergie et qu’elle a clairsemé nos rangs, avec des décès, des départs et des non-vaccinés. Mais surtout elle nous emmerde car elle a joué le rôle de catalyseur d’une situation déjà critique restée dans l’incurie.

Aussi il conviendra de ne pas instrumentaliser notre engagement, notre surcharge, notre fatigue.

Merci…

 

 

* Propos tirés de l’entretien accordé au Parisien le 4 janvier 2022

 

 

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