« Être médecin, c’est grandir tous les jours au contact des patients »

Actuellement à l’affiche du théâtre des Béliers parisiens, le spectacle « Les 1001 Vies des urgences » écrit par Baptiste Beaulieu (ancien médecin urgentiste) est une adaptation de son roman éponyme. Ce seul en scène est brillamment interprété par Axel Auriant.

Quel a été votre parcours?

Axel Auriant : À l’âge de 12 ans, j’ai pris des cours de théâtre dans une compagnie professionnelle, la compagnie des sales gosses, formée uniquement d’enfants avec laquelle j’ai joué dans un spectacle au Divan du Monde. Au bout d’un an, je me suis éloigné du théâtre pour m’investir à fond dans la musique. Jusqu’à mes 16 ans, je voulais devenir batteur puis j’ai eu mon premier chagrin d’amour. J’ai alors découvert que le théâtre était un exutoire qui permettait de mettre ses sentiments au service d’un texte et cela a été libérateur. J’ai très vite eu l’envie de devenir comédien. Plus tard, je me suis inscrit au Cours Florent et au bout d’un mois de cours, un metteur en scène de la compagnie des sales gosses a mis en scène la pièce « Au pays du Père Noël » au Théâtre des Mathurins et m’a proposé de passer le casting pour jouer un lutin du Père Noël. Ce spectacle a été ma première véritable expérience professionnelle. J’ai beaucoup appris et j’ai découvert la rigueur et l’hygiène de vie imposées par le théâtre. J’ai grandi sur scène avec mes personnages. J’ai ensuite été choisi pour jouer dans la série « Skam France » et en parallèle dans le seul en scène, « Une vie sur mesure » avant d’avoir l’opportunité de jouer dans « Les 1001 Vies des Urgences ».
 

WUD. Cette adaptation d’un livre vous a t-elle demandé un travail différent?

A. A. Elle reprend les codes du seul en scène : la présence de plusieurs personnages avec lesquels on raconte une histoire mais le travail a été différent car ce personnage venait beaucoup plus de moi. Je vois le seul en scène comme un boulevard magnifique avec de beaux immeubles, des arbres partout, des calèches. On prend ce boulevard chaque soir et on se laisse être étonné à chaque fois par sa beauté. Ce que j’aimais beaucoup dans ces « 1001 Vies des Urgences », c’était l’opportunité de pouvoir m’amuser chaque soir, réinventer l’histoire, repasser dans ce boulevard et voir encore des sentiers que je n’avais pas vus. Avec un seul en scène, on est seul face à son imaginaire. Tous les soirs je peux réinventer la tête de chaque patient, ses failles, ses névroses, son histoire et c’est bouleversant.  
Je trouve ce spectacle plus technique car il demande à la fois une grande sincérité mais aussi beaucoup de rigueur dans les phrases et les ruptures. On est en permanence sur un fil de soie entre le rire et l’émotion. C’est un juste milieu à trouver au fur et à mesure et j’aime me remettre en question chaque soir.
 

WUD. Avez-vous lu le livre?

A. A. Évidemment ! Un metteur en scène m’avait dit qu’elle me verrait bien dans le rôle du personnage principal du livre « Les 1001 Vies des Urgences » et m’a encouragé à le lire. Peu de temps après, j’ai reçu l’appel d’un producteur qui m’a dit qu’il venait d’acheter les droits du livre et qu’il me verrait bien dans ce rôle. Ce livre a été un réel coup de cœur.
 

WUD. Avez-vous rencontré l’auteur, Baptiste Beaulieu ?

A. A. II a souhaité m’avoir au téléphone et c’est lui qui a entièrement validé le choix du comédien qui allait jouer le spectacle. Il voulait que ce soit un seul en scène. Il avait vu mon interview dans l’émission Quotidien lors de la promotion d’« Une vie sur mesure » et m’a dit qu’il souhaiterait que ce soit moi qui joue dans « Les 1001 Vies des Urgences » car il voyait en moi ce côté candide qu’a un interne qui découvre son métier. À 21 ans, j’ai ces yeux d’enfant sur ce milieu et suis encore très candide même si je grandis. J’ai vraiment découvert la mort lors du décès de mon grand-père l’an dernier.
 

WUD. Ce décès a t-il changé votre jeu?

A. A. Tous mes rôles sont liés d’une manière plus ou moins consciente à mon histoire. C’est aussi pour cette raison que je suis content de pouvoir défendre celui-là, qui se nourrit également de mes expériences personnelles.
 

WUD. Ce spectacle a t-il changé votre rapport au milieu médical ?

A. A. Non car grâce à mon oncle qui est chef de service en réanimation dans un hôpital de Rouen, je savais que c’était un métier profondément humain, qui ne laisse pas indemne et j’avais l’impression de déjà connaître un peu ce milieu. Il m’a souvent dit que ce métier est tellement violent que l’on ressent le besoin d’exulter la vie et d’en profiter à fond. Personne ne comprend vraiment ce que vivent les médecins.
Ce qui est beau dans ce métier, c’est qu’il est propre à chacun. J’ai l’impression qu’être médecin c’est grandir tous les jours au contact des patients et c’est ce qui rend ce métier très beau, très humain et très violent aussi. C’est un métier d’amour.
 

WUD. Votre rapport à la vie a t-il changé ?

A. A. Ce spectacle m’a appris à relativiser et à profiter de la vie et des personnes qui me sont chères. Il y a des expériences qui nous font grandir et ce texte m’a réconcilié avec des choses personnelles.
 
« Les 1001 Vies des Urgences » de Baptiste Beaulieu, interprété par Axel Auriant et mis en scène par Arthur Jugnot
Théâtre des Béliers Parisiens
14 Bis rue Sainte Isaure
75018 Paris
Séances du Mardi au Dimanche, selon les jours à 21H, 21H30 ou 15H
Téléphone : 01.42.62.35.00.
 
Livre « Alors voilà, Les 1001 Vies des Urgences » de Baptiste Beaulieu disponible aux Éditions Le Livre de Poche.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Portrait de La rédaction

Vous aimerez aussi

L'Académie, c'est ce qui se fait de plus respectable en médecine. Focus sur une institution bientôt bicentenaire.
Médecin généraliste, exercant depuis 2013, Charlotte Barrault parvient à concilier ses deux passions, médecine et peinture, à un niveau professionnel...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.