Crise petit mâle

Epilepsie et héboïdophrénie. Années 60. Une grande famille de la bourgeoisie italienne sur le déclin, étouffoir hors duquel chaque membre de la fratrie tente de s'extraire : Augusto, l'aîné, voudrait fuir un rôle de chef de famille qu'il n'a pas choisi, alors que Sandro, entravé par une probable comitialité, ne supporte plus de vivre dans l'ombre de ce grand frère à la fois admiré et haï...


A l'aube des années 60, Claude Chabrol tourne son premier film sur ses propres deniers en retournant dans le village de son enfance et inaugure sans le savoir la Nouvelle Vague. Cinq ans plus tard, Marco Bellocchio utilise villa et fortune familiales pour tourner Les Poings dans les Poches, œuvre sidérante de brutalité et hantée de vieux démons familiaux - ou nationaux?

La parenté entre Bellocchio et ses cousins transalpins est évidente. Même remise en cause du statu quo familial et social, même désir de mise en scène... Et pourtant, le chef-d'œuvre de Bellocchio renferme un mystère qui ne tient qu'à lui, on y voit la folie, instrument d'un mal probablement plus profond, œuvrer pour l'annihilation pure et simple d'une famille traditionnelle. Beaucoup y ont décelé un message prophétique annonçant mai 68 ; cependant, au vu de l'œuvre ultérieure de Bellocchio (en particulier le fulgurant Vincere), ce film fondateur est plus vraisemblablement une allégorie de l'Italie fasciste. 

Ainsi, ce n'est pas tant le jeune Sandro, dont le charisme inquiétant cache mal une schizophrénie ravageuse responsable de la déliquescence de la famille, mais bien l'attitude indolente - virant à la complicité passive - de sa sœur et surtout de son frère aîné. Comme si les membres agissants d'une société fatiguée par ses responsabilités acceptaient complaisamment de déléguer celles-ci à un génie du mal...

Soulignons l'intelligence du casting : si Bellocchio a confié le rôle du veule Antonio à une version falote et provinciale de Delon, le débutant Lou Castel habite le personnage de Sandro avec un magnétisme halluciné proche d'un Brando à ses débuts. La sœur, rongée par ses frustrations et elle aussi constamment sur la brèche de la folie, n'est pas mal non plus...

L'été est souvent l'occasion de la ressortie de films de grande facture souvent oubliés et méconnus. Les Poings dans les Poches est de ceux-ci. A ne surtout pas manquer, donc !

 

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