La relation patient-soignant n’est pas uniquement une histoire qui se joue à deux. Le système de santé a aussi son rôle à jouer. Les écoles diffèrent encore.
La pertinence des soins était au coeur des débats à l’université d’été de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), du 14 au 16 septembre derniers. Parmi les communications, un atelier était consacré au lien entre la pertinence des soins et la confiance des patients. Autour de la table, Gérard Raymond, président de la Fédération française des diabétiques (FFD) et Matthieu Durand, chirurgien urologue au CHU de Nice et fondateur de What’s up Doc, discutaient des adaptations à apporter au système pour que les praticiens regagnent l’estime de leurs patients.
Alors que l’information médicale est omniprésente sur Internet et accessible à tous, de nombreux patients arrivent en consultation avec des connaissances, plus ou moins adaptées, voire presque un diagnostic, et parfois même des demandes quant à la réponse thérapeutique à adopter. Comment, au regard de cette nouvelle donne, obtenir l’adhésion et la participation du patient, notamment lorsque ses idées préconçues sont contredites ?
L’évaluation au service des patients
Pour Gérard Raymond, « il faut que les messages soient cohérents, sinon, il y aura toujours un doute », et donc un manque d’adhésion. Et pour que ces messages soient entendus, la nécessité d’une évaluation cohérente de la pratique émerge. « Il ne s’agit pas de sanction, mais d’amélioration », estime le président de la FFD.
Un constat que partage Matthieu Durand. Autour de sa pratique, il participe à la construction d’un projet de parcours de soins standardisé du cancer localisé de la prostate selon les recommandations ICHOM (1) à l’échelle des Alpes Maritimes, intégrant les libéraux, les hospitaliers et tous les soignants dans la région de Nice. Le problème, reconnait-il, réside en partie dans l’individualisme de la formation médicale, qui peut faire barrière aux résultats sur une chaîne de soins. Et « l’évaluation est un outil qui permet de savoir sur quoi se mettre à jour », pour prodiguer les mêmes soins partout sur le territoire. « La marge de manoeuvre du praticien est la force et la faiblesse de la médecine. Elle peut être une valeur ajoutée, mais c’est aussi une voie vers l’erreur ou la sortie des recommandations », poursuit-il.
Industrialisation de la médecine
Le but serait donc « d’industrialiser le processus » diagnostic et thérapeutique. Une notion qui peut surprendre et choquer en médecine, presque un gros mot, mais qui rejoint une intention de normalisation et de pertinence de prise en charge, pour Matthieu Durand. Pourquoi pas, imagine-t-il encore, inventer un nouveau métier « d’ingénieur de parcours de soins », responsable de la mise en place des recommandations, et de l’éducation des professionnels et des patients.
Source:
Jonathan Herchkovitch