Comme des bêtes

Critique de "Les Vétos", de Julie Manoukian (sortie le 1er janvier 2020)

Michel, vétérinaire dans le Morvan, a enfin décidé de profiter de la vie et part brutalement à la retraite, malgré ses difficultés à trouver un successeur. Il met ainsi devant le fait accompli Nico, son associé, plus jeune mais déjà épuisé par le rythme de leur métier et surtout le manque cruel de relève et de confrères. L'arrivée de la nièce de Michel, parisienne invétérée et pas vraiment destinée à la carrière de véto de campagne, va bouleverser la donne... L'année débute comme s'est achevée la précédente, avec un conte de fées des temps modernes consacré à une profession de santé. Au tour de nos médecins des bêtes cette fois !

Alors que "Docteur ?" divertissait et interrogeait de façon plus profonde qu'il n'en avait l'air sur l'évolution de notre métier, Les Vétos interpelle, d'une manière relativement similaire, sur les conséquences des déserts médicaux. À la campagne, le vétérinaire est la clé de voûte de ce qu'il reste de communauté, semble nous dire Julie Manoukian avec son premier long. Médecin des bêtes autant que de leurs maîtres, au sein de territoires magnifiques mais laissés à l'abandon. La conséquence, logique, est l'épuisement de la profession. Toute coïncidence avec des médecins existant réellement n'est en aucun cas fortuite...

Le film démarre de façon assez maladroite. Certes, tout y est plaisant, et l'histoire se laisse suivre. Mais avec la fâcheuse impression que va nous être resservie une fable sur l'abnégation, le sens du devoir, la beauté du métier, ainsi que l'interdiction de faillir en raison de celle-ci. Le patient - ou plutôt son maître - y a ainsi souvent raison, contre l'évidence, et semble avoir d'autant plus de droits qu'il est dans un territoire en souffrance. À ce propos, il faudrait arrêter avec ces droits à géométrie variable dans les rapports humains,  dans un sens comme dans l'autre, résolution pour 2020...

Mais cette introduction, assez longue, permet surtout au film de bifurquer vers les conséquences prévisibles de ce métier de conte de fées exercé dans un contexte tout sauf idyllique. Le véto patelin et speed se défoule sur sa collègue débutante au lieu de remettre en question sa façon d'exercer et le sacrifice qu'il impose à ses proches. Il finira en burn-out et, mis au pied du mur, sera contraint à des changements bénéfiques. Quant à Alexandra, elle arrivera à ne pas se laisser "bouffer" par un système dont elle perçoit assez vite les failles, ce qui lui permettra de dépasser les manques que les villageois, Nico au premier plan, ne manquent de lui rappeler. Il lui faudra juste s'ouvrir aux autres sans se fermer à elle-même. 

C'est donc à une belle et limpide illustration des bienfaits de l'affirmation de soi que nous assistons grâce à ces vétos qui travaillent comme des bêtes. Chacun prenant exemple sur les atouts de l'autre, le passif comme l'agressif, le professionnel soumis à ses patients et se défoulant sur celui qui ne suit pas ses règles de fonctionnement, comme la tête brûlée qui veut imposer sa logique à ses semblables sans comprendre la nécessité qu'il y a à la leur expliquer et leur faire partager. Tout praticien y trouvera du grain à moudre...

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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