Cnom : Patrick Bouet fait une sortie remarquée

Double actualité

Interviewé par le JDD, le président du Conseil national de l’Ordre des médecins expose sa vision du système de santé, et dénonce à son tour les restrictions budgétaires qui le désorganisent depuis de nombreuses années. Une vision qu’il détaille dans un livre qui paraît le 2 mai.

La sortie est assez inhabituelle de la part du Dr Patrick Bouet – ou même de celle d’un président du Cnom. Dans un entretien accordé au JDD du 29 avril, il n’y va pas par quatre chemins : il dénonce la politique de santé menée depuis de nombreuses années, qui ne garantit plus l’accès aux soins, qui épuise ses professionnels et qui, pour résumer sa pensée, emmène le système droit dans le mur. Et il ne s’attend pas à ce que le Gouvernement rectifie la trajectoire : « Nous craignons que le projet en préparation au ministère de la Santé soit plus un cataplasme que la réforme globale attendue par l’ensemble de la population », explique-t-il.

Le 2 mai, son livre Santé : explosion programmée sort en librairies. « Ce n’est pas un énième cri d’alarme, mais l’aboutissement d’une réflexion de cinq ans », précise dans le JDD le président du Cnom depuis 2013, qui estime que « si la machine continue de tourner, c’est grâce à l’engagement des aides-soignantes, des infirmiers, des kinés et des médecins, étudiants, libéraux ou salariés du public et du privé ».

La politique de restrictions, vous dit-on !

Patrick Bouet, étiqueté réformateur dans une institution historiquement plutôt conservatrice, insiste sur la logique économique qui a pris le pas sur l’esprit fondateur du système de santé imaginé à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. « Toutes les réformes successives n’ont eu qu’un seul but : assurer l’équilibre budgétaire », reproche-t-il. Il dénonce une « machine à gaz ambiguë qui ne permet pas l’accès aux soins partout, qui ne favorise ni l’innovation ni la recherche ».

Une rentabilité qui a aussi imposé des réformes successives à l’hôpital, des regroupements par GHT avec mutualisation des ressources qu’il qualifie de « fausse bonne idée ». « L’hôpital s’est parlé à lui-même. Il s’est réorganisé tout seul en oubliant les usagers, les élus locaux, le monde libéral, les cliniques. Il faut apporter une réponse collective aux patients ». Et pour le président de l’Ordre, un « toilettage » de la T2A ne suffira pas.

Côté ville, il se montre plus que mesuré sur l’efficacité des maisons de santé, qu’il estime « chères à créer et à faire fonctionner ». Il se déclare en revanche favorable à ce qu’il appelle des « équipes mobiles », des structures virtuelles regroupant libéraux et hospitaliers et émanant d’initiatives hors pilotage des ARS.

Séries télé et bas débit

Enfin, deux réflexions plus étranges : en plus du manque de médecins et de gardes de ville, il semble estimer que les séries médicales incitent les patients à se rendre aux urgences. « La population, qui voit dans les séries télévisées des services rutilants où on est pris en charge tout de suite, se tourne logiquement vers les urgences », lance-t-il. Même en considérant que la population est aussi facilement manipulable par la télévision, il ne doit pas rester beaucoup de personnes en France qui s’attendent à être prises en charge immédiatement aux urgences. Mauvais diagnostic, Dr Bouet !

La seconde : il lui serait impossible de recevoir une « radio dématérialisée » dans son cabinet situé « à 9 kilomètres de Paris », car la connexion serait trop lente. Habitant à 200 mètres du cabinet du Dr Bouet, je tiens à signaler que je pourrais – si, bien sûr, ce n’était pas illégal – télécharger des films en HD de plusieurs gigas en quelques minutes, à plus de 6 Mo/s ! Ce n’est peut être pas ce qui se fait de mieux, mais c’est quand même largement suffisant pour un cliché radiologique de quelques mégaoctets, téléchargé en une, voire au pire deux secondes ! Mais bon, s'il se trouve en bout de ligne...

Retrouvez aussi La Consult' de Patrick Bouet

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

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