Chef de service, c’est des réunions et des emmerdes

Des jeunes hospitalo-universitaires s'expriment sur le mandarinat

La semaine dernière, un neurochirurgien publiait dans Le Monde une tribune dénonçant (une fois de plus) le mandarinat. Deux jeunes hospitalo-universitaires ont lu ce texte pour What’s up Doc, et nous livrent un point de vue assez différent sur la question.

 

Pavé dans la mare ou tempête dans un bidet ? En publiant la semaine dernière une tribune dans Le Monde où il éreintait le système du mandarinat, le Dr Marc Lévêque a attiré l’attention. Après lui avoir donné la parole pour lui faire préciser son point de vue, What’s up Doc a fait lire son texte à deux jeunes hospitalo-universitaires (HU). Et ils sont loin d’y adhérer.

Les PU-PH parisiens se tournent les pouces

Leurs critiques se focalisent sur un point : l’auteur donne une image biaisée du PU-PH, ce praticien qu’on ne verrait jamais dans son service tant il serait accaparé par ses activités extérieures.

« Je pense qu’on ne peut pas transposer le point de vue exprimé dans cette tribune, celui d’un médecin qui exerce à Paris où les PU-PH sont très nombreux pour une charge de travail globale qui n'est pas supérieure à celle que l’on trouve dans les CHU de province », explique le Pr Céline Chauleur. A 42 ans, cette obstétricienne est cheffe de son service à Saint-Etienne, et estime passer 90 % de son temps à faire du soin.

Le chef de service ne choisit pas entre tramadol et paracétamol

Même tonalité du côté du Dr Sébastien Couraud, pneumologue à Lyon et MCU-PH « espérant être nommé PU-PH prochainement ». Lui aussi trouve que la tribune donne une image erronée des hospitalo-universitaires. « Il y a plein de PU-PH qui sont en permanence au chevet des malades », assure-t-il.

Il insiste par ailleurs sur la notion de travail d’équipe : « Le chef de service n’est pas celui qui choisit entre tramadol et paracétamol, mais c’est lui qui s’assure que les patients sont bien pris en charge, qu’on les adresse au service correctement, que les compétences du service sont valorisées… »

Un parcours du combattant… sans combattant

Ce qui ne veut pas dire que les jeunes HU trouvent le système actuel idéal. Eux aussi plaident pour une profonde réforme du mandarinat. « Pour être nommé PU-PH, c’est un véritable parcours du combattant », remarque Céline Chauleur. « A tel point qu’il n’y a pas beaucoup de combattants : je n’ai jamais demandé à être cheffe de service. » Et l’obstétricienne de s’emporter : « Moi, être cheffe de service, ça ne m’apporte que des réunions et des emmerdes. »

D’autant plus que Céline Chauleur a une piètre opinion des critères utilisés pour sélectionner les PU-PH. « Ce qui compte, c’est le nombre d’article », regrette-t-elle. « A aucun moment on ne tient compte de la performance technique, du nombre d’interventions, de la prise en charge conforme… »

Où sont nos RTT ?

Autre critique : le statut de l’HU n’est pas une position si avantageuse qu’il n'y paraît. Pour Sébastien Couraud, il ne faudrait pas s’imaginer que les mandarins sont des conservateurs arc-boutés sur leurs privilèges. « Je ne parle pas du salaire, bien entendu, mais savez-vous que nous sommes la seule profession à l’hôpital à ne pas avoir de RTT ? Que notre retraite n’est calculée que sur la part universitaire de notre salaire ? », fait-il remarquer avec amertume.

Bref, pour le pneumologue, il ne faut pas réduire les problèmes de l’hôpital au manque de présence des chefs. « On a besoin d’une réflexion globale sur l’hôpital », plaide-t-il. Une idée à laquelle tout le monde pourra souscrire. Y compris Marc Lévêque.

Source: 

Adrien Renaud

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