Bouli mist

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Critique de "L'ombre d'un mensonge", de Bouli Lanners (sortie le 23 mars 2022)

Bouli mist

Phil, d'origine belge, s'est exilé au sein d'une petite île écossaise, où il a rapidement été adopté par la communauté. Victime d'un AVC, il développe une amnésie séquellaire. Une habitante de l'île décide de s'occuper de lui à sa sortie d'hôpital. Interrogée sur la nature de leur lien, elle décide de lui faire croire qu'ils s'aimaient jusqu'alors en secret... Devant et derrière la caméra, Bouli Lanners touche juste avec cette histoire romanesque. 

Bouli Lanners, que nous connaissions surtout en tant qu'acteur solide et sensible, livre avec L'ombre d'un mensonge, dont on préfèrera comme souvent le titre original (Nobody Has to Know), un film du même acabit. Sous des dehors classiques, au diapason de l'austérité de cette communauté presbytérienne aussi rude que les magnifiques paysages de lande écossaise qu'il filme avec une contagieuse admiration, le film laisse affleurer régulièrement la profondeur des sentiments et la violence des situations. Et si Bouli Lanners accompagne cela d'une constante douceur, aussi pudique que sourdement mélancolique, c'est pour mieux nous renvoyer en boomerang l'intensité de ce qui est retenu, voire tu, à savoir l'absolue nécessité du lien à l'Autre face à la fragilité de la vie. Et, accessoirement, que l'amour n'a cure de la vérité. 

Les quelques mystères qui inaugurent le film n'annoncent pas pour autant une intrigue hitchcockienne. Et s'il présente des faiblesses, c'est clairement au niveau scénaristique, même si d'une certaine façon la trame est aussi lacunaire que l'amnésie de son personnage. Et pourtant, cela n'affecte étonnamment pas la tenue de ce très beau film, aidé en cela par le jeu élégant de ses deux acteurs principaux. Ni surprenant ni inoubliable, donc. Mais imprégnant et tout sauf amnésiant. Un beau tableau, à l'encore plus belle ombre.

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