Bootcamp à Rouen : quand l'entrainement intensif gagne le bloc

Pour la seconde année consécutive, la simulation en chirurgie thoracique et cardio-vasculaire s’invite à Rouen. Un terrain d’entraînement intensif, éloigné de la pression du bloc, pensé pour consolider les compétences des jeunes chirurgiens.

1 jour, 12 heures et 10 minutes. Sur le site du Medical Training Center de Rouen, l’heure tourne. Le 23 et 24 septembre prochain, le collège français de Chirurgie Thoracique et Cardio-Vasculaire et la société française SFCTCV organisent la deuxième édition du séminaire national de formation par la simulation en chirurgie thoracique et cardio-vasculaire. Le concept ? Un bootcamp où les jeunes chirurgiens peuvent s’exercer sur des simulateurs de chirurgie thoracique et cardio-vasculaire afin d’acquérir ou consolider leurs compétences.

Cela fait déjà dix ans que ce format existe aux États-Unis. Une expérience dont s’est inspiré le Pr Jean-Marc Baste, chef de service de chirurgie thoracique du CHU de Rouen et responsable pédagogique de ce séminaire. « Mon parcours m’a amené à rencontrer les chirurgiens américains qui ont mis en place ce bootcamp ; c’est-à-dire un camp d’entraînement intensif dédié à la simulation », explique celui qui souligne qu’il s’agit d’une formation « très technique ». Un concept audacieux qu’il a donc décidé d’importer en France avec le soutien du Dr Benjamin Bottet, chef de clinique en chirurgie thoracique à Rouen. « Je me suis rendu à Chapel Hill pour regarder leur organisation. Nous nous sommes inspirés de leur façon de faire, notamment au niveau de la répartition des séniors dans l’encadrement des jeunes », explique celui qui est également membre de l'association des Jeunes chirurgiens thoraciques et cardio-vasculaires.

Pendant deux jours, vingt-huit chirurgiens sélectionnés pourront donc s’exercer à la pratique de leur activité lors d’épreuves de simulation de basse et haute fidélité. En tout, plus d’une dizaine d’ateliers sont au programme : « Sutures anastomoses », « valve aortique », « lobectomie vidéo-assistée sur simulateur » et « facteurs humains » sont notamment cités sur le site de la société française. Et le Pr Jean-Marc Baste de résumer : « En gros, il y a huit ateliers très techniques. On va apprendre la technique chirurgicale du robot, de la chirurgie vasculaire… On a aussi des ateliers non-techniques, comme le respect des check-lists ou la gestion de crise. » « En fonction des ateliers, ils ont une ou deux heures ainsi qu’un enseignant dédié », précise Benjamin Bottet.

Un moment loin de la pression du bloc qui doit permettre aux étudiants d’apprendre plus efficacement. « La problématique est de former des gens dans un environnement non stressant et à distance du malade, afin d’améliorer le rendement pédagogique tout en sécurité », explique le chef de service. Une formule qui semble d’ailleurs séduire les jeunes professionnels. « Quand trois chirurgies doivent être effectuées dans la même journée, c’est compliqué de prendre trente minutes pour laisser l’interne pratiquer la thoracotomie, explique Benjamin Bottet. D’après les questionnaires de la précédente édition, les étudiants sont très satisfaits d’avoir ce moment privilégié avec un sénior dont la seule tâche est de parler de l’exercice. » « On retrouve un peu notre casquette d’hospitalo-universitaire. », s’enthousiasme, de son côté, le Pr Baste.

Cette forme d’enseignement a également été pensée pour s’adapter aux évolutions des études de santé. « La décision de ne plus laisser la première chirurgie s’effectuer sur un malade a un impact systémique sur notre profession », assure Jean-Marc Baste. « Pour les plus jeunes, nous allons de plus en plus sur des compétences théoriques et techniques plus importantes », ajoute Benjamin Bottet. Un bouleversement qui laisse place à des opportunités qui doivent être éprouvées. « On ne sait pas ce que la simulation apporte à notre discipline. Ce qu’on sait, c’est que le paradigme sur l’enseignement médical est en train de changer », insiste Jean-Marc Baste.

En parallèle de la tenue de cette seconde édition, de nombreuses données seront récoltées. « Organiser ce bootcamp sur deux jours permet de concentrer les moyens et d’évaluer à grande échelle la pertinence de cette formation », explique Jean-Marc Baste. Un travail de recherche dont se charge notamment le Dr Benjamin Bottet, qui se destine à la recherche sur la pédagogie de la formation. « J’ai mis du temps à récolter les données de l’année dernière. Là, on va recueillir de nouvelles données mais il va encore nous manquer plusieurs années avant qu’on puisse recueillir des données quantitatives », ajoute-t-il. Un temps encore long qui doit permettre de mieux définir les contours de cette nouvelle voie de formation. « On est au début du monde de la simulation », assure Jean-Marc Baste.

Portrait de Julia Neuville

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