Attentat de Nice : témoignage à la sortie du bloc

« J’ai fait de la chirurgie de guerre »

Matthieu Durand, directeur de publication de What’s up Doc, est chirurgien urologue au CHU de Nice. Comme beaucoup d’autres soignants, il était en première ligne cette nuit pour prendre en charge les victimes de l’attentat. Récit à chaud.

Chirurgien urologue à l’hôpital Pasteur de Nice, Matthieu Durand était d’astreinte hier soir pendant l’attentat de la promenade des Anglais. « Je venais de rentrer chez moi quand j’ai reçu un message vers 22h me parlant de fusillades à Masséna, ce qui était faux », raconte-t-il. Mais très vite, des témoignages directs lui parviennent.

Le calme avant la tempête

S’ensuit un moment d’incertitude un peu surréaliste. « Il y avait beaucoup de bruits mais l’information n’arrive pas comme ça. J’ai appelé le bloc aux alentours de 23h et il n’y avait rien. Aux urgences non plus », explique-t-il, se remémorant les « images magnifiques » de feu d’artifice à la télévision, alors que l’alerte n’a pas encore circulé dans les médias.

« A un moment j’ai rappelé le bloc, et j’ai senti immédiatement, à la voix de la personne, que c’était le feu. » Il se rend rapidement à l’hôpital Pasteur, où le plan blanc a été déclenché. « Il y avait l’armée devant l’hôpital, et des blessés partout, en panique, dans le sas des urgences. »

Dix-huit patient en quatre heures

Pendant quatre heures, le chirurgien opère les blessés, victimes d’écrasements ou de lacérations, s’appliquant à juguler les hémorragies.  « Tu fais ce que tu peux : tu éponges, tu fermes, tu fais du packing », explique-t-il. « Je n’ai pas fait de la chirurgie urologique : j’ai fait de la chirurgie de guerre. » Un blessé par balle est recensé dans le bloc d’à côté.

« J’ai dû faire des choix chirurgicaux pour lesquels je n’étais pas forcément psychologiquement préparé. Il y a une forme de frustration parce que tu aimerais bien pouvoir guérir, ou réparer, et ce n’est pas toujours possible » confie-t-il, s’avouant marqué, comme toutes les équipes, par la violence des scènes.

Dix-huit patients plus tard, le flux des urgences s’est tari. Il est 4h du matin, et la pression retombe sur le plateau technique. « Au bloc tu ne te rends pas forcément compte, mais une fois seul dans le vestiaire, au moment de se changer, il y a une forte émotion. Quand tu sors et que les urgences sont propres et vides… »

Cohésion du groupe

S’ensuit pour le chirurgien une courte nuit, entrecoupée d’appels et de messages, avant un retour à l’hôpital pour affronter les urgences secondaires et aider à l’organisation du service. « C’est une autre crise, avec un schéma différent. »

Mais au-delà de l’âpreté de la situation, ce que retient le médecin de cette nuit-là, c’est la grande cohésion des équipes. « Je n’ai pas vu de heurts, de dysfonctionnements. Ça se sent, il y a une forte énergie de tous les gens », témoigne-t-il. « C’est un vrai encouragement. »

Source: 

Yvan Pandelé

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