Après les États-Unis, la crise des opioïdes menace la France

Après les États-Unis, la France est à son tour touchée par la crise des opioïdes. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a publié un rapport pour améliorer le bon usage des antalgiques opioïdes et réduire les risques.

La crise des opioïdes fait des ravages au pays de Trump depuis plusieurs années. 72 000 personnes sont mortes d’une overdose en 2017, ce qui signifie que ces médicaments tuent plus de victimes que les accidents de la route ou les armes à feu aux Etats-Unis. Les produits obtenus sur prescription étaient quant à eux responsables de 17 087 décès en 2016.
 
L'Hexagone n'est pas épargnée par cette épidémie d'un nouveau genre. La bonne nouvelle, c'est que la situation en France est loin d’être aussi alarmante qu’aux États-Unis, en raison notamment des « modalités de prise en charge et de surveillance par les prescripteurs, ainsi que l’accès contrôlé à ces médicaments ». Néanmoins, un certain nombre d’indicateurs incitent à une vigilance accrue de la part des autorités et des professionnels de santé.
 
C’est la raison pour laquelle l’ANSM propose dans un rapport publié mercredi une série d’actions à mettre en place pour améliorer le bon usage des antalgiques opioïdes et réduire les risques associés à leur mésusage.
 
Certains chiffres sont en effet particulièrement inquiétants. La consommation des antalgiques opioïdes a augmenté en l’espace de dix ans, en partie en raison d’une politique de lutte contre la douleur (plusieurs plans ministériels) initiée à partir de 1998. Conséquence : près de 10 millions de Français (17,1%) avaient reçu en 2015 un antalgique opioïde sur prescription, relève l’ANSM.
 

Les femmes principalement concernées

Dans le même temps, le mésusage, les intoxications et les décès liés à l’utilisation de ces produits ont progressé. Une problématique qui « touche principalement des patients qui consomment initialement un antalgique opioïde pour soulager une douleur et qui développent une dépendance primaire à leur traitement », observent les auteurs du rapport qui précisent que les femmes sont majoritairement concernées.
 
Le nombre d'hospitalisations liées à la consommation d'opioïdes obtenus sur prescription médicale est également en hausse de 167 % entre 2000 et 2017 en France (de 15 à 40 hospitalisations pour 1 million d'habitants). Les décès liés à la consommation de ces produits ont aussi augmenté de 146 %, entre 2000 et 2015, soit au moins 4 décès par semaine.
 
Décidée à améliorer le bon usage et réduire les risques de ces médicaments, l'ANSM formule une série de mesures sur 5 axes :

  • renforcer la formation des professionnels de santé sur la prescription et la délivrance des antalgiques opioïdes
  • améliorer le parcours de soins
  • améliorer la diffusion de l'information auprès des professionnels de santé
  • améliorer la diffusion de l'information auprès du grand public
  • améliorer les connaissances.

L'ANSM en profite pour donner des chiffres sur les antalgiques opioïdes les plus consommés en France en 2017. Le tramadol arrive en tête, avant la codéine en association et la poudre d'opium associée au paracétamol. Viennent ensuite la morphine (premier antalgique opioïde fort) et l'oxycodone qui est désormais autant consommée que la morphine. Puis, le fentanyl transdermique et transmuqueux à action rapide.
 
Moins consommés que leurs cousins les antalgiques non opioïdes (paracétamol, aspirine, AINS)", les opioïdes ont un « intérêt majeur et incontestable dans la prise en charge de la douleur, considère l'ANSM. Mais ils peuvent s'accompagner de complications graves », ce qui est un doux euphémisme.
 
C’est pourquoi une prescription d’antalgique opioïde doit « systématiquement s'accompagner d'une information au patient sur le traitement et sur son arrêt, et d'une surveillance de ces risques même lorsqu'il est initialement prescrit dans le respect des conditions de l'autorisation de mise sur le marché », préconise le rapport.
 
Des recommandations qui ne doivent pas être prises à la légère quand on sait que les laboratoires sont accusés aux États-Unis d'avoir dissimulé les risques d'addiction liés à la prise d'antidouleurs à base d'opiacés. La famille propriétaire des laboratoires Purdue Pharma, les Sackler, qui est notamment derrière l'un de ces antidouleurs, l'OxyContin, vient d’ailleurs de faire l’objet d’un reportage d’Envoyé Spécial.
 

Source: 

Via APMNews

Portrait de Julien Moschetti

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