Violences obstétricales : le rapport est sorti

« Bienveillance, empathie, information et respect »

Le Haut Comité à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) a rendu son rapport sur les actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical. Il y formule 26 propositions pour améliorer la prise en charge des femmes. Qu’est-ce qui va changer pour les médecins ?

Qu’est-ce qui va changer pour les gynéco-obstétriciens après le rapport du HCE ? Dans l’ensemble, pas grand chose. « Dans 94 % des cas, les femmes se disent satisfaites de leur grossesse », rappelle à What’s up Doc le Dr Gilles Lazimi, médecin généraliste et membre du HCE. Ce qui ne veut pas dire que le rapport a été rédigé en vain, loin de là.

En novembre 2014, quand le #PayeTonUtérus est lancé sur Twitter, ce sont plus de 7 000 femmes qui ont dénoncé des propos, des examens ou des actes déplacés en 24 heures, rappelle le HCE dans un communiqué. Avec près d’un million de grossesses en France chaque année (grossesses suivies et IVG), les 6 % de femmes non satisfaites de leur suivi représentent environ 50 000 personnes.

Épisiotomies sauvages

Quelles sont les situations qui posent problème ? Lorsque Marlène Schiappa, Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a saisi le HCE, les actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical ont été définis comme « les gestes, propos, pratiques et comportements exercés ou omis par un.e ou plusieurs membres du personnel soignant sur une patiente au cours du suivi gynécologique et obstétrical et qui s’inscrivent dans l’histoire de la médecine gynécologique et obstétricale, traversée par la volonté de contrôler le corps des femmes (sexualité et capacité à enfanter). Ils peuvent prendre des formes très diverses, des plus anodines en apparence aux plus graves et sont le fait de soignant.e.s – de toutes spécialités – femmes et hommes, qui n’ont pas nécessairement l’intention d’être maltraitant.e.s ».

L’un des points de focalisation des débats : une femme sur deux ayant subi une épisiotomie déplore un manque ou l’absence totale d’explication. Outre les actes sans consentement, le HCE avait identifié le manque de prise en compte de la gêne liée au caractère intime des consultations, les propos porteurs de jugement (sexualité, tenue, poids, volonté d’enfanter), des injures sexistes, des actes ou refus d’actes non justifiés médicalement, et des violences sexuelles (agression, harcèlement, viol).

#metoo

« La formation initiale et continue des professions médicales demeure centrée sur la technique, au détriment de la relation humaine et du respect du consentement », souligne le HCE dans son rapport. Et, comme le rappelait What’s up Doc dans son numéro 37 consacré au harcèlement sexuel, le sexisme est omniprésent dans les relations hommes-femmes à l’hôpital.

Pour y remédier, le HCE propose trois axes de travail chez les professionnels de santé : reconnaître l’ampleur des actes sexistes, notamment par le biais d’enquêtes, et en rendant publiques les données relatives aux actes médicaux dans chaque maternité ; renforcer la prévention dans la formation initiale et continue en médecine ; améliorer les procédures de signalement, et condamner les pratiques non conformes à la loi.

Respect et empathie

« C’est une lutte contre le sexisme », résume le Dr Lazimi. « Il faut réfléchir à la manière dont on traite les femmes. La médecine a permis leur libération sexuelle, par la contraception et l’avortement, mais le sexisme est toujours présent ». Le début de cette lutte passe par la prise en compte des revendications des patientes. « Nous avons besoin des patients pour évoluer, pour s’améliorer », poursuit-il. « C’est comme cela que les choses ont pu avancer avec le Sida, par exemple, grâce au combat des patients et des associations ».

Ce qu’attend le généraliste, c’est en premier lieu le respect de la loi Kouchner de 2002 sur le consentement éclairé des patients. « Les femmes sont suivies tout au long de leur grossesse, ce qui laisse le temps pour expliquer, discuter de l’accouchement et des difficultés qui peuvent se présenter. L’urgence se prépare ». Pour le reste, c’est surtout du bon sens humain. « Bienveillance, empathie, compréhension, et respect de l’intimité des femmes », résume-t-il. Du bon sens qui n’est pas évident pour tous les praticiens. « Il faut sensibiliser à cela dans les facultés », estime-t-il.

Alors, qu’est-ce qui pourrait bientôt changer pour les gynécologues-obstétriciens ? Peut-être quelques formations, un peu de retenue pour certains qui confondraient humour et remarques sexistes, et un risque de poursuites en cas de litige. Pour le reste de la pratique, sans doute un peu plus de retenue sur les épisiotomies dans certaines maternités.

Seul véritable changement par rapport à la pratique actuelle que recommande le rapport : l’interdiction de relations sexuelles entre praticiens et patientes. Ça devrait aller !

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

Vous aimerez aussi

Si Olivier Véran avait déclaré que pour « tous les soignants qui tombent malades, le coronavirus sera reconnu comme maladie professionnelle »,...
« Ni de gauche, ni de gauche », aurait dit Mitterrand

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.