VIH et Covid : Une équation dangereuse

Selon une méta-analyse, les personnes vivant avec le VIH infectées par la Covid-19 présenteraient un risque de mortalité de près de 80 % plus élevé que les personnes ne vivant pas avec la maladie.

VIH et Covid, un cocktail explosif ? C’est en tout cas ce que semble démontrer les données rassemblées par une méta-analyse parue dans la revue Scientific Reports le 18 mars dernier. «  Les personnes séropositives avaient un risque significativement plus élevé d'infection par le SRAS-CoV-2 […] et de mortalité par COVID-19 », assurent les chercheurs.

Un constat inquiétant qui fait suite au recensement d’un vaste nombre de données portant sur une période d’un an, allant du 1er janvier au 12 décembre 2020. En tout, 22 études comprenant 20 982 498 participants provenant d’Amérique du Nord, d’Afrique, d’Europe et d’Asie, ont été décortiquées par les chercheurs. « Les comorbidités les plus courantes dans la population séropositive étaient l'hypertension, le diabète, la bronchopneumopathie chronique obstructive et l'insuffisance rénale chronique. Dans l'ensemble, le nombre médian de CD4 était de 538 cellules / μL. Plus de 96% des PVVIH étaient sous traitement ARV et plus de 80% des patients séropositifs étaient viralement supprimés », précisent les chercheurs, qui ajoutent dès les premières lignes de leur rapport que la sensibilité à la Covid-19 et le risque de mortalité des PPVIH étaient jusqu’alors « largement inconnus ».

Une part d’ombre qu’ils se sont échinés à éclaircir en déterminant notamment que « le VIH était associé à un risque significativement plus élevé d'infection par le SRAS-CoV-2 (RR 1,24, IC à 95% 1,05–1,46; Fig.  2 ) ». Un enseignement inquiétant auquel s’ajoute un autre, puisque le risque de mortalité augmenterait de « près de 80 % » chez les PVVIH par rapport aux personnes ne vivant pas avec la maladie. « Les effets bénéfiques du ténofovir et des inhibiteurs de protéase sur la réduction du risque d'infection par le SRAS-CoV-2 et de décès par COVID-19 chez les PVVIH ne sont pas concluants », précisent les auteurs.

Hypertension, diabète, maladies cardiovasculaires… Les comorbidités sont légion chez les personnes vivant avec le virus du VIH/SIDA. Un fait qu’ont souhaité rappeler les chercheurs au travers de leur méta-analyse. « Comme ces comorbidités jouent un rôle important dans la gravité du Covid, ces patients, même sous traitement antirétroviral, peuvent présenter un système immunitaire affaibli et, par conséquent, présenter un risque accru de Covid et d’effets indésirables associés », soulignent-ils.

Malgré ces facteurs inquiétants, les personnes souffrant de cette pathologie ne font pour l’heure pas partie des publics prioritaires à la vaccination en France. « Les données spécifiques sur l'innocuité et l'efficacité de ces vaccins (Pfizer/Moderna) dans cette population sont encore limitées », estimait en effet la Haute Autorité de Santé, dans un rapport publié le 30 avril dernier. Cela, même si l’Académie de Médecine appelait, le 20 janvier, à les inclure à la stratégie de vaccination en soulignant que « que lorsque l’infection VIH est bien contrôlée par trithérapie, la réponse sérologique en cas de Covid-19 est équivalente à celle des patients VIH, ce qui peut laisser présager une bonne réponse à la vaccination ». Une prise de position qui rejoint celle formulée par les auteurs de la méta-analyse. « Les personnes vivant avec le VIH doivent être considérées en priorité pour le vaccin contre le SRAS-CoV-2 », concluent-ils.

Portrait de Julia Neuville

Vous aimerez aussi

Dans un avis rendu ce 21 juin, la Haute Autorité de Santé préconise la « vaccination réactive ». Comprendre, vacciner les proches d’une personne...

À partir de ce 23 juin, les personnes vaccinées souhaitant voyager chez nos voisins européens pourront télécharger leur certificat euro-compatible...

Réouverture des restaurants, des lieux culturels, levée du couvre-feu, fin du port du masque obligatoire en extérieur… L’épidémie de Covid-19 marque...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.