Vaccination obligatoire : les MG prêts à piquer... mais pas les patients !

Pour améliorer la couverture vaccinale en France, la Ministre de la Santé dispose encore de quelques jours de concertation. Mais pour les MG  universitaires, l’élargissement de l'obligation vaccinale pour 11 maladies c’est niet !

Qui s’y frotte s’y pique. C’était la devise de Louis XII de France et l’actuelle de la ville de Nancy. Mais l’expression pourrait également servir de mise en garde à tout Ministre de la Santé quant à ses relations avec les médecins.

Dernier sujet polémique en date : la vaccination obligatoire. Dans une interview récente au Parisien, la locataire de l’avenue Duquesne (Paris) a indiqué qu’elle envisageait d’étendre l’obligation vaccinale des enfants à 11 maladies (1), contre 3 actuellement (1). Ainsi, Agnès Buzyn suivrait les recommandations officielles. En tout cas, celles du comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination, rendues publiques le 30 novembre 2016... 

« Une réponse simpliste et inadaptée »

Car les avis divergent sur la question. Pour les universitaires du Collège National des Généralistes Enseignants (CNGE), l’obligation vaccinale est une réponse « simpliste et inadaptée ». « Il n’y a aucun élément scientifique pour attester que cette mesure aboutisse à une meilleure protection notamment pour les enfants », écrivent-ils dans un communiqué.

Leur président, le Pr Vincent Renard, craint même que son caractère « autoritaire » renforce la défiance et la suspicion d’une partie croissante de la population. « Elle risque d’exposer les médecins généralistes et d’autres professionnels à des demandes nombreuses et non fondées d’exemption, voire de soi-disant contre-indications », pressent-il.

La réforme alternative du CNGE

Pour tenter de convaincre, le conseil scientifique du CNGE ne se contente pas de s’opposer à la nouvelle Ministre des Solidarités et de la Santé. Il propose des, ou plutôt, SES solutions. D’après ces médecins traitants, une large campagne de communication portée conjointement par les professionnels de santé et les pouvoirs publics, en impliquant les usagers aurait un impact « plus important et plus durable ».

« Cela permettrait aux médecins de proposer aux patients une vaccination dans de meilleures conditions tenant compte des données scientifiques (bénéfice/risque, impact épidémiologique), des caractéristiques du patient ainsi que de ses facteurs de risques, connaissances, croyances, appréhensions et préférences », poursuit le Collège. En échange, ces praticiens demandent aux autorités de responsabiliser les usagers sur les conséquences de la non vaccination et d’instaurer des règles claires pour l’admission en collectivité.

Une main de fer dans un gant de velours ?

Alors, comment concilier les deux camps ? Si on se remémore les mots de la Ministre, tout porte à croire qu'elle ne flanchera pas : « Aujourd'hui, en France, la rougeole réapparaît. Il n'est pas tolérable que des enfants en meurent : dix sont décédés depuis 2008 », a rappelé Agnès Buzyn.

Sa décision définitive devrait intervenir avant le 8 août, la deadline du Conseil d’Etat. Ces médecins attendent donc de voir si leur tutelle les dirigera d’une main de fer dans un gant de velours.

(1) Cette liste potentielle serait composée des vaccins contre la coqueluche, la rougeole, les oreillons, la rubéole, l’hépatite B, la bactérie Haemophilus influenzae, le pneumocoque, et le méningocoque C.

(2) Les 3 vaccins infantiles aujourd'hui obligatoires en France sont la diphtérie, le tétanos, et la polio.

 

 

Portrait de Bruno Martrette-Gomez

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