USA : l'arrivée du premier médicament connecté fait débat

L’aripiprazole comme vous ne l'avez jamais vu

Une version connectée de l’aripiprazole, un antipsychotique, a été autorisée par l’agence américaine du médicament (FDA). Elle permet aux patients et aux personnes de leur choix de suivre l’observance du traitement, via leur smartphone.

Abilify MyCite. Voici le nom du dernier né de la famille des objets connectés en santé. Il s’agit d’un comprimé d’aripiprazole un peu différent de ses cousins partageant le même principe actif : jusqu’à cinq personnes choisies par le patient, et en particulier son médecin, peuvent suivre la prise du traitement via une application mobile.

Comment ça marche ? Le système est assez ingénieux. Le comprimé contient, en plus de la molécule active, une petite puce de la taille d’un grain de sable dont les matériaux, au contact des sucs gastriques, subissent une réaction chimique produisant suffisamment d’énergie pour l’alimenter. Elle émet alors un signal, capté par un patch collé sur la peau, qui enregistre la date et l’heure de l’émission du signal, ainsi que d’autres informations physiologiques du patient (notamment son niveau d’activité), avant de les transmettre vers un support mobile, smartphone ou tablette.

Prends ton cachet, mémé !

L’application permet également au patient de renseigner quelques informations supplémentaires, comme par exemple son humeur ou son temps de sommeil. Avec ces données, le médecin peut alors suivre le traitement de son patient, et éventuellement détecter un manque d’observance ou d’efficacité, qu’il soit volontaire ou issu d’un simple oubli.

Un avantage pour de nombreux patients schizophrènes, souffrant plus que le reste de la population de troubles de la mémoire, ou encore pour les personnes âgées souffrant, en plus de leur pathologie psychiatrique, de démence. Ces patients peuvent, plutôt que leur médecin, donner un accès à leurs données à des proches, qui pourront assister la prise de traitement.

Dis-nous ce que tu avales…

Tout cela est bien joli, voire un brin excitant pour ceux d’entre nous qui sont un peu fascinés par ces objets high tech. Mais quelques réfractaires viennent déjà briser l'enthousiasme pour ce genre d’innovations. L’utilisation des données de santé, une fois de plus, fait débat.

« Il existe un manque de transparence sur la nature des données de santé collectées, leur fréquence mais aussi la finalité de leur transmission, explique Nathalie Devillier, professeure de droit à Grenoble École de Management (GEM), dans The Conversation. Cette discrétion ne peut qu’éveiller la suspicion, notamment sur la réutilisation des données à des fins secondaires qui ne seraient pas explicitement approuvées par le patient ».

Les complotistes à la sauce aripripazole

Atteinte à la vie privée, marketing ciblé… Ces problématiques sont bien connues. Mais d’autres plus spécifiques à ce médicament apparaissent. N’est-il pas un peu risqué de proposer à des patients parfois sujets à des délires paranoïaques un dispositif interne ouvrant à des tierces personnes un accès à des informations sur leur santé ? Pourquoi choisir, comme pionnier du cachet connecté et parmi tant de possibilités, un antipsychotique ? Abilify MyCite n’est-il pas un outil supplémentaire d’infantilisation des patients psychiatriques ?

« Avoir la capacité de monitorer la prise de médicaments prescrits dans le cadre de maladies mentales peut être utile à certains patients », estime le Dr Mitchell Mathis, directeur de la division psychiatrie à la FDA, avant d’ajouter que l’agence soutient ce genre d’innovations. S’il le dit… Mais la FDA ne fait pas mention d’un bénéfice en comparaison de l’aripripazole simple.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

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