Une étude établit un lien entre leucémie et exposition aux pesticides

Selon une étude publiée dans la revue Scientific Reports, l’exposition professionnelle aux pesticides augmenterait de 50% le risque de développer une leucémie myéloïde aiguë. Entretien avec le Pr Olivier Hérault, chef du service d'hématologie biologique au CHRU de Tours, responsable de recherches CNRS et investigateur principal de l’étude.

La leucémie myéloïde aiguë, une maladie professionnelle ? Les scientifiques envisageaient des liens depuis longtemps sans vraiment pouvoir les prouver. C’est désormais chose faite. Une équipe de chercheurs du CHU de Tours a travaillé minutieusement sur les publications de ces 75 dernières années.
 
Une étude inédite qui pourrait permettre une meilleure prise en charge des agriculteurs en intégrant ce facteur de risque inhérent à leur profession. A la base de cette recherche, un constat, les leucémies myéloïdes aiguës sont les plus fréquentes chez l’adulte mais aussi les plus graves. Les chercheurs tourangeaux se sont donc posé la question des facteurs de risque et parmi eux, de l’impact d’une exposition aux pesticides.

Un risque supérieur de 50%  

Derrière cette étude, un travail titanesque. « On a regardé dans la littérature scientifique internationale. L’hypothèse avait été envisagée en 2007 mais les résultats n’étaient pas concluants, faute de données suffisantes. Nous avons donc décidé de reprendre toutes les données publiques publiées entre 1946 et 2020. A partir de là on a identifié près de 7 000 références potentiellement intéressantes. On a ensuite isolé environ 190 publications d’intérêt. Nous avons ensuite analysé ces publications en utilisant les critères scientifiques des méta-analyses, les fameux critères PRISMA, pour ne retenir que 14 publications internationales. Ce qui nous conduit à exactement 3955 patients et 9948 sujets témoins », détaille Olivier Hérault. « Cela a permis de calculer un risque relatif lié à l’exposition aux pesticides à fortes doses. Le résultat obtenu est 1,51 exactement, soit en moyenne 50% de risque en plus de développer cette maladie. »
 
La publication de l’article a ensuite elle aussi pris du temps, vu la grande quantité de sources. « L’article a été soumis au journal Scientific Reports il y a 8 mois. Nous avons publié toutes nos sources donc il faut un long délai pour les analyser », précise Olivier Hérault.

Faire reconnaître la leucémie myéloïde aiguë comme maladie professionnelle
 
« Une fois ce facteur de risque identifié, l’intérêt est de l’utiliser pour une amélioration sociétale ». En effet, les espoirs des chercheurs suite à cette étude sont triples :

  • Faire reconnaître ce type de leucémie comme maladie professionnelle chez les agriculteurs ;
  • Aider la réflexion sur les distances entre les zones d’épandage et les habitations ;
  • Renforcer les mesures de protection individuelle des agriculteurs au quotidien. 

« Cela représente une avancée car en identifiant un nouveau facteur de risque on va pouvoir avancer sur les mécanismes biologiques impliqués et derrière envisager des moyens de préventions », poursuit Olivier Hérault.

Compléter avec des études biologiques 
 
Cette étude servira ainsi de point de départ pour poursuivre ces travaux. « Elle montre un lien statistique entre pesticides à fortes doses et leucémie mais pas de lien de causalité. Cela nécessite des études biologiques, sur les acteurs moléculaires. On mène ces études à Tours au CHU pour identifier les mécanismes moléculaires touchés au niveau de la moelle osseuse. Cela fera l’objet d’une publication ultérieure, dans l’espoir d’adapter la prévention mais aussi d’améliorer l’efficacité de la prise en charge sur le plan thérapeutique », espère le chercheur.
 
« Les polluants sont dans l’environnement et pour longtemps. La gestion du risque passe aussi par le traitement des conséquences, le fait d’avoir une réflexion médicale sur les mécanismes et comment les bloquer. Le message que l’on veut faire passer est médical, pas politique. C'est factuel, ce constat se base sur des données vérifiables. Les pesticides ont certes apporté un bienfait, aidé à augmenter les rendements pour nourrir la population mondiale mais cela n’interdit pas de se questionner sur les risques médicaux lorsqu’ils sont utilisés à fortes doses », conclut Olivier Hérault.
 

Source: 
  • Entretien avec le Pr Olivier Hérault, chef du service d'hématologie biologique au CHRU de Tours, investigateur principal de l’étude, responsable de recherches CNRS.
  • Foucault, A., Vallet, N., Ravalet, N. et al. Occupational pesticide exposure increases risk of acute myeloid leukemia: a meta-analysis of case–control studies including 3,955 cases and 9,948 controls. Sci Rep 11, 2007 (2021). https://doi.org/10.1038/s41598-021-81604-x 
Portrait de Constance Maria

Vous aimerez aussi

Il arrivait en grande pompe avec une semaine d’avance, il n’a finalement pas eu le temps de tremper un orteil dans la piscine vaccinale qu’il se voit...

70 % des maladies infectieuses émergeantes proviendraient de nos amis les bêtes sauvages. En conséquence, l’OMS exige la suspension de la vente de...

Le creux démographique des médecins ne sera résorbé qu’en 2035. C’est l’un des enseignements inquiétants qui ressort de l’étude de la Drees sur l’...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.